Maladie de Chagas: épidémiologie, impact économique, nouveaux champs de recherche

Découverte en 1909 par le Dr Carlos Chagas, la maladie de Chagas, également appelée trypanosomose humaine américaine (THAm), résulte de l’infection de l’homme par le parasite Trypanosoma cruzi. Ce parasite appartient à la famille des Trypanosomatidae, c’est un kinétoplastidé flagellé. Cette maladie, endémique en Amérique latine, touche aujourd’hui entre 6 et 8 millions de personnes et cause des dizaines de milliers de décès chaque année. Du fait des migrations de populations latino-américaines, on retrouve aujourd’hui la maladie de Chagas partout dans le monde. Véritable problème de santé publique, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) classe cette maladie comme « négligée » signifiant qu’elle touche un pays et une population pauvre et qu’aucun traitement n’est aujourd’hui efficace à 100%. Face au défi que représente cette maladie, nous allons voir à travers cet écrit, l’impact que représente cette maladie tant d’un point de vue épidémiologique, qu’économique, en traitant principalement le cas de l’Amérique du Sud mais également en montrant l’importance des nouveaux cas à travers le monde. Pour finir, nous nous intéresserons aux traitements actuels utilisés contre cette maladie, les importants progrès accomplis ces dernières années, et malgré cela la recherche de nouvelles thérapies qui reste indispensable encore aujourd’hui.

Historique

Carlos Chagas 

Fils de producteurs de café, Carlos Chagas (de son vrai nom Carlos Ribeiro Justiniano Chagas) est né le 8 juillet 1878 à Oliveira, Brésil. Il passa son enfance dans la ferme de ses parents. Rapidement il dût prendre la responsabilité de chef de famille après le décès de son père et de ses deux frères. Il intègra l’école catholique où le prêtre Joao Sacramento eut une énorme influence sur lui. Sa mère souhaitait qu’il devienne ingénieur mais il échoua l’examen d’entrée. Il décida alors de choisir une voie différente et partit à Rio de Janeiro étudier la médecine. Il fut diplômé de la faculté de médecine en 1903 où il conclut ses études en travaillant sur un essai clinique sur le paludisme. Grâce à ce travail, il obtint une offre d’emploi de la part d’Oswaldo Cruz comme docteur pour le compte du bureau du ministère de santé publique. Offre qu’il accepta notamment car il avait besoin d’une situation professionnelle stable pour épouser Iris Lobo, avec laquelle il eut deux fils.

Il obtint son premier succès lorsqu’il fut nommé pour mener la campagne contre le paludisme. Il évoqua alors la stratégie de lutte et de prévention contre les moustiques, qui fut une réelle réussite. Il fut alors nommé membre de l’Académie Nationale de Médecine Brésilienne.

Par la suite, il reçut plusieurs prix et titres, et fut notamment nommé pour le prix Nobel à deux reprises, en 1913 et 1921. Il dirigea ensuite l’institut Oswaldo Cruz (après la mort de ce dernier),pendant dix-sept ans et coordonna la campagne contre la grippe espagnole au Brésil.

Enfin, il créa le département National de santé publique, qui devint par la suite le ministère de la santé à l’origine du code de santé publique. Il termina sa carrière professionnelle en tant que professeur des maladies tropicales à la faculté de médecine en 1928. Il mourut à l’âge de 55 ans d’une crise cardiaque, après 32 années au service de la science, de la recherche, et de la médecine.

Découverte

On estime que la maladie existait déjà depuis plus de 9000 années en Amérique. Des échantillons d’ADN de mères péruviennes furent retrouvés dans lesquels des traces d’ADN du Trypanosoma cruzi étaient présentes. Les études de paléo parasitologie conduites par plusieurs docteurs au Brésil confirmèrent que l’ADN du parasite était présent depuis au moins 7000 ans. Ces découvertes modifièrent les précédentes pensées, par lesquelles l’émergence de la maladie était due aux chasseurs et cueilleurs qui commencèrent l’élevage des animaux et ainsi transmettaient le parasite.

Il fallut donc attendre environ 9000 années pour que cette maladie soit découverte par Carlos Chagas. Même Charles Darwin qui montra la présence de triatomes lors de sa venue en Amérique du sud en 1835 ne fit pas de lien avec une maladie. Dans la plupart des cas, la découverte d’une telle maladie, de son cycle et du vecteur, peut prendre des années voir des décennies. Or, pour la trypanosomiase humaine américaine (THAm), le Dr Chagas mit moins de cinq mois à tout découvrir. On l’explique par le fait qu’il fut éduqué comme un scientifique d’une part, et d’autre part par son essai clinique sur le paludisme, qui l’a parfaitement formé à l’étude des échantillons de sang. De plus, l’institut Manguinhos l’autorisa à poursuivre le développement de la médecine entomologique ainsi que de développer la littérature sur la médecine tropicale et la microbiologie. Au moment de sa découverte, le Brésil est en pleine expansion économique, Chagas profite de l’installation des voies ferrées (utilisées alors pour transporter les productions agricoles), pour transporter son matériel de microbiologie. Lors d’un voyage en train, l’ingénieur présent à bord lui apporte un insecte (une punaise). Ayant déjà découvert un trypanosome dans le sang d’un singe de la région (Trypanosoma minanense), il envoie l’insecte infecté à l’institut de Manguinhos, demandant à son ami Oswaldo Cruz d’approfondir les recherches pour montrer qu’il existe bien un lien entre la punaise et la maladie du singe. Après 70 heures de train, il arrive au laboratoire, et réalise que le protozoaire n’est pas le même qu’il a déjà rencontré, mais une nouvelle espèce : Le Trypanosoma Cruzi (qu’il nomme ainsi en l’honneur d’Oswaldo Cruz).

Son travail décrit alors les étapes de l’évolution du parasite dans les cultures et dans les organes des animaux infectés. Mais le docteur a une certitude, il a trouvé un nouveau parasite, un vecteur ainsi que le réservoir sauvage, il ne lui manque que des cas d’humains infectés. Il retourne alors à Lassance, ville où l’insecte a été trouvé, pour étudier les cas d’enfants fébriles afin d’examiner leurs échantillons de sang.

L’après découverte

Environ dix années après la découverte, seulement quarante cas furent découverts par des résultats en laboratoire. Chagas estime tout de même que cette maladie est un réel problème de santé publique et un obstacle majeur à l’évolution du pays. Il montre par des photos et vidéos que la maladie touche tout le pays et que dans beaucoup de zones rurales, les recherches pour aboutir au diagnostic de la maladie ne sont pas réalisées.

Malgré tout, dans l’ensemble de ses recherches, il commet quelques erreurs :

◆ Il a toujours cru, à tort, que les insectes transmettaient leurs parasites via une piqûre de leur rostre et non par les déjections contaminées. C’est Emile Brumpt qui rectifie cette idée en 1912.
◆ Il crée un lien entre la trypanosomiase humaine et le goitre de certaines personnes. Cette affirmation sera corrigée plus tard par plusieurs chercheurs.

La maladie restera négligée jusqu’aux années 40 où, enfin, elle sera reconnue comme une maladie grave et répandue en Amérique latine.

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Table des matières

INTRODUCTION
Partie I : La maladie
I.1. Historique
I.1.1. Carlos Chagas
I.1.2. Découverte
I.1.3. Bérénice, patient n°1
I.1.4. L’après découverte
I.2. Le vecteur
I.2.1. Classification
I.2.2. Morphologie
I.2.3. Cycle biologique
I.2.4. Comportement
I.2.5 Espèces vectrices de T. cruzi chez l’homme
I.3 Le parasite
I.3.1 Morphologie
I.3.2 Génétique du parasite
I.3.3. Cycle biologique de T. cruzi
I.4. Signes cliniques
I.4.1. Phase aiguë
I.4.2 La phase chronique
I.4.2.1 Forme indéterminée
I.4.2.2 Forme cardiaque
I.4.2.3 La forme digestive
I.4.2.4 Autres formes
I.4.3. La pathogénèse
I.5. Transmission
I.5.1 La transmission vectorielle
I.5.2. Transmission materno-fœtale
I.5.3. Transmission par transfusion et transplantation
I.5.4. Transmission orale
I.5.5. Autres transmissions
I.6 Diagnostic
I.6.1. Diagnostics directs
I.6.2. Diagnostics indirects
I.6.3 Tests de diagnostics rapides
I.6.4 Diagnostic congénital
I.6.5. Nouvelle perspectives
PARTIE 2 : Epidémiologie et Impacts Economiques de la maladie de Chagas
II.1 Epidémiologie de la maladie de Chagas
II.1.1 Périodes épidémiologiques dans l’histoire de la trypanosomiase
II.1.2 Généralités
II.1.3 Le vecteur
II.1.3.1 Triatomes et distribution en Amérique du sud
II.1.3.2 Vecteur et habitat
II.1.3.3 Dispersion du vecteur
II.1.4 Le parasite
II.1.4.1 Classification génétique
II.1.4.2. Distribution géographique
II.1.5 Le point en Amérique latine
II.1.6 Le point en Guyane française
II.1.6.1 Bilan
II.1.6.2 Système de surveillance épidémiologique
II.1.6.3 Conclusion
II.1.7 Les flux migratoires
II.2 Maladie de Chagas et économie
II.2.1 Maladie de Chagas et pauvreté
II.2.2 Impact de la maladie sur l’économie
II.2.2.1 La Colombie
II.2.2.2 Le Brésil
II.2.2.3 Approches futures
PARTIE 3 : Lutte anti-vectorielle, traitements actuels et nouveaux champs de recherche
III.1 Lutte antivectorielle
III.1.1 Plans intergouvernementaux
III.1.2 Indicateurs entomologiques
III.1.3 Amélioration des conditions de vie
III.1.4 Education des enfants
III.1.5 Traitement chimique
III.1.6 Traitement biologique
III.1.7 L’engagement politique
III.2 Les traitements médicamenteux
III.2.1 Traitement préventif
III.2.2 Traitement étiologique
III.2.2.1 Le Nifurtimox (60)
III.2.2.2 Le benznidazole (61)
III.2.2.3 Limites du traitement
III.2.3 Traitement symptomatique
III.3 Recherche et développement de nouvelles thérapeutiques
III.3.1 Recherche et développement de molécules
III.3.1.1 Médicaments actuellement sur le marché
III.3.1.2 Nouvelles cibles thérapeutiques
III.3.2 Recherche et développement de vaccins
III.3.2.1 Vaccins à ADN
III.3.3.2 Limites du développement d’un vaccin
III.4 Conclusion
CONCLUSION

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