La communication et sensibilisation à la vaccination contre le pneumocoque avec les différents acteurs de la prise en charge
Dans ce travail, pour 98% des répondants, il existe un bénéfice à la vaccination en termes de réduction des infections. Cependant uniquement 36% des structures demandent le statut vaccinal à l’entrée et seules 22% d’entre elles ont un protocole de vaccination par la suite si le patient n’est pas vacciné. Ce résultat peut être expliqué par la méconnaissance des bénéfices de la vaccination d’où l’importance de la communication et de l’information sur les effets du pneumocoque entre les différents acteurs de la structure.
Le médecin traitant
Les recommandations vaccinales changent régulièrement. Concernant la vaccination contre le pneumocoque, la nouveauté en 2017 concerne les préventions des pneumonies à pneumocoque et infections invasives chez les personnes immunodéprimées et non immunodéprimées porteuses de comorbidités. Il est aussi mentionné que cette vaccination doit être proposée lors de l’entrée en structure collective si le patient est porteur de ces comorbidités (6). Il est du rôle du médecin coordonnateur d’informer et de sensibiliser tous les médecins traitants de l’importance de la prévention collective et individuelle contre le pneumocoque selon les comorbidités de chaque patient. Une vaccination réalisée au moment de l’entrée, permettrait de lutter contre la diffusion de la pathologie et de protéger les résidents dès l’admission. Cela peut être proposé par le biais de protocole de vaccination et rappel à communiquer au médecin traitant. Une étude réalisée en 2003 dans 105 structures de soins gériatriques en France a montré que les principales causes de non vaccination antipneumococcique évoquées par les médecins étaient : le manque de ressources (50 %), l’absence d’efficacité (27 %) et le manque de temps (23 %). En parallèle, les raisons évoquées lors d’une non vaccination antigrippale ont été : le refus du patient (25 %), l’admission en dehors de la période de recommandation vaccinale (25 %), les problèmes d’organisation (20 %) (13). Cela montre que les représentations autours de ces deux vaccins sont différentes et peut expliquer la différence de couverture vaccinale.
Le patient et sa famille
Cette vaccination est peu connue de façon générale par le grand public. Peu de patients connaissent leur statut vaccinal vis-à-vis du pneumocoque ainsi que les indications et les modalités de cette vaccination. Les modes de transmissions et conséquences des infections à pneumocoque sur la morbi-mortalité sont de même peu connus. Chez le sujet âgé, il est difficile de trouver ces informations, que ce soit des antécédents médicaux et chirurgicaux ou leur statut vaccinal. Cela est d’autant plus vrai que les vaccins ont des schémas de rappels qui peuvent changer selon les recommandations. Les familles, lorsque celles-ci sont présentes, ne connaissent par ailleurs que rarement le statut vaccinal de leur proche, hormis celui de la grippe qui est réalisé tous les ans. Une étude américaine publiée en 2003 qui s’intéressait aux freins à la vaccination antipneumococcique chez des patients âgés de plus de 65 a montré que la moitié des non-vaccinés (50%) ne savaient pas qu’ils étaient éligibles à cette vaccination (14).
L’information des risques infectieux est rappelée en période épidémique dans les médias pour la grippe et dans les EHPAD par le biais de campagne. Mais cette information sur les risques infectieux et épidémiques est-elle réalisée au moment de l’entrée pour sensibiliser les patients et les familles à la prévention individuelle et collective ? Dans notre travail, les refus vaccinaux viennent des patients et/ou de leur famille le plus souvent pour 52% (26 réponses), systématiquement dans 8 % (4 réponses), rarement dans 40% (20 réponses). En France, un nombre défini de vaccinations est obligatoire. La notion de vaccination recommandée est perçue comme facultative alors qu’elle est recommandée par les autorités sanitaires dans un objectif de prévention individuelle et collective. Il s’agit donc de communiquer et d’informer le grand public à ces recommandations. Une meilleure couverture et adhérence vaccinale est possible en renforçant le climat de confiance liée à l’information initiale ainsi qu’à la relation soignant patient.
Le personnel paramédical
La vaccination contre le pneumocoque en EHPAD est méconnue par le personnel paramédical contrairement à celui de la grippe qui bénéficie d’une information médiatique annuelle dédiée au grand public lors des périodes épidémiques. De même les conséquences cliniques des infections à pneumocoque sur la morbi-mortalité des patients, notamment le risque de complication bactérienne par le pneumocoque après un épisode viral de grippe, ne sont pas connues par les soignants. Dans notre travail, il existe parfois une réticence du personnel infirmier vis-à-vis de cette vaccination. La prévention, en combinant la vaccination et les mesures d’hygiène quotidiennes, est importante à rappeler auprès des équipes paramédicales pour tous les agents infectieux. De plus, ils doivent être formés pour dépister les signes amenant à faire consulter le patient et à signaler les cas d’infection respiratoire pour limiter les risques de transmission. Les infirmiers ont un rôle primordial dans l’information au patient puisqu’ils ont un contact quotidien avec celui-ci. Il a également un rôle important dans l’information des familles en étant souvent le premier interlocuteur de la structure .
Une méta-analyse publiée en 2005 a rapporté l’efficacité de 11 mesures pour améliorer les couvertures vaccinales contre la grippe, le pneumocoque et l’hépatite B parmi les populations à haut risque. Elle révèle que la seule action efficace lorsqu’elle est unique concernait des systèmes de rappel aux soignants. Pour des actions combinées, les méthodes efficaces associaient au moins deux mesures : faciliter l’accès des patients à l’offre de soins et sensibiliser les patients et/ou les soignants .
Traçabilité de la vaccination
Une vaccination est efficace lorsqu’elle est réalisée selon le bon schéma vaccinal. Ce travail nous montre qu’il est difficile de mettre en place cette vaccination devant la difficulté de récupérer les antériorités et de réaliser un suivi optimal par manque de traçabilité avant, à l’entrée, puis pendant le séjour en structure.
Les patients connaissent rarement leur statut vaccinal et leur famille encore moins. Certains patients n’ont pas ou n’ont plus leur carnet de vaccination et ont changé de médecin traitant avec un dossier médical non transmis. Lorsque le patient choisi de garder son médecin traitant habituel, le dossier médical antérieur reste souvent au cabinet du praticien. L’antériorité vaccinale pourrait être retrouvée dans le suivi médical par le biais du suivi des comorbidités du patient par les spécialistes, cependant il faudrait que le sujet des vaccinations ait été abordé par celui-ci.
Dans ce travail, le statut vaccinal contre le pneumocoque était questionné au moment de l’admission dans 36% des structures. En effet le statut vaccinal pour les vaccinations n’est pas demandé lors des pré-admissions sur le dossier unique national. Chaque EHPAD a son questionnaire papier ou logiciel informatique médical d’entrée qui questionne, ou non, explicitement, le statut vaccinal des patients. Il faut ensuite que cette question soit renseignée par la personne qui remplit le dossier médical. Lorsque le statut vaccinal était recherché, il était alors inscrit dans le dossier médical d’entrée dans 27.78% des cas systématiquement (5 réponses), 55.56 % le plus souvent (10 réponses), 16.67 % rarement (3 réponses). Cependant, cette tâche étant chronophage pour la personne en charge de remplir le dossier, notamment du fait de l’ignorance du patient sur son statut vaccinal mentionnée précédemment, elle n’est souvent pas accomplie et le statut demeure incomplet.
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Table des matières
INTRODUCTION
MÉTHODES
RÉSULTATS
1. Statut vaccinal et traçabilité
2. Concernant la vaccination contre le pneumocoque
3. Structures et populations étudiées
3.1. Les EHPAD
3.2. La population
DISCUSSION ET PERSPECTIVES
1. Forces et limites de l’étude
1.1. Forces
1.2. Limites
1.2.1. Liées à la méthode
1.2.2. Liées à l’enquêteur
1.2.3. Liées au recrutement
2. Discussion des résultats
2.1. La communication et sensibilisation à la vaccination contre le pneumocoque
avec les différents acteurs de la prise en charge.
2.1.1. Le médecin traitant
2.1.2. Le patient et sa famille
2.1.3. Le personnel paramédical
2.2. Traçabilité de la vaccination
2.3. Rôle et fonction des médecins
3. Perspectives
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