Particularités de l’oeil des bovins
Les annexes
Les annexes sont les appendices de l’oeil et comprennent les paupières et les cils, la conjonctive, les muscles extra-oculaires et les glandes de l’oeil, nous y inclurons également l’innervation et la vascularisation de l’oeil. La figure 2 ci-dessous représente la base anatomique de l’oeil du bovin. Les paupières sont deux replis musculo-membraneux qui protègent et lubrifient la face antérieure de l’oeil. La paupière supérieure, plus vaste que la paupière inférieure est la seule à présenter des cils. Le bord libre des paupières est épais et taillé en biseau. La commissure palpébrale latérale forme un angle aigu tandis que la médiale est arrondie, et englobe la caroncule lacrymale.
Les paupières comprennent dans leur structure : une charpente (représentée par des tarses fibreux), des muscles (musculature puissante susceptible de gêner le praticien lors d’un examen rapproché, sous dépendance du nerf facial), des glandes (comprenant les glandes tarsales et les glandes sébacées), ainsi que des téguments (comprenant la peau externe et la conjonctive interne). La conjonctive est constituée d’un épithélium recouvrant un tissu conjonctif riche en fibres de collagène et en fibres élastiques, c’est une membrane unissant les paupières au bulbe. On distingue deux conjonctives : la conjonctive palpébrale (face interne des paupières) et la conjonctive bulbaire recouvrant la sclère.
Dans l’angle médial de l’oeil, elle forme un repli semi-lunaire bien développé chez les bovins. Ce repli est encore appelé troisième paupière, membrane nictitante, ou corps clignotant. Elle possède un cartilage en forme de T, qui lui confère une certaine rigidité et deux glandes propres : la glande principale, à sécrétion séro-muqueuse, qui entoure le manche du T et la glande profonde ou glande de Harder. Rosée ou parcourue de fins vaisseaux à l’état normal, la conjonctive pourra, lors de processus pathologiques, revêtir une coloration ou un aspect différent qui seront d’un grand intérêt sémiologique. L’appareil lacrymal est composé d’un système sécrétoire et d’un système excrétoire.
La sécrétion met en jeu une glande lacrymale principale et des glandes lacrymales accessoires. Interviennent également des glandes accessoires de la conjonctive et de la troisième paupière. Chez les bovins, la glande lacrymale principale est volumineuse : 65mm de long sur 36mm de large. Elle est orientée verticalement derrière le processus zygomatique. Son bord crânial est situé à 2cm du bord libre de la paupière supérieure. Abondamment enrobée de graisse, elle est souvent difficile à distinguer des tissus voisins. C’est une glande de type séreux avec des septums inter lobulaires extrêmement volumineux dans lesquels se trouvent quelques cellules pigmentaires.
Le système excréteur commence par deux larges points lacrymaux (2mm de diamètre) et parfois complétés par plusieurs petites ouvertures accessoires (78). Les canalicules lacrymaux débouchent séparément dans un sac lacrymal volumineux (5 à 8 mm de diamètre). Le conduit nasolacrymal de 12 à 15 cm de long, est sensiblement rectiligne et se termine près des narines par un ostium difficile à voir car situé sur la face médiale du pli alaire du cornet nasal ventral. Les muscles oculomoteurs permettent des mouvements rapides et précis du globe oculaire. Ils ont comme origine les parois osseuses de l’orbite et ont leurs terminaisons sur la sclère au voisinage de l’équateur du bulbe.
On peut reconnaître 4 muscles droits, 2 muscles obliques et un ensemble de muscles rétracteurs du bulbe entourant le nerf optique. Ils sont parmi les plus rapides de l’organisme d’un bovin faisant jouer une innervation complexe détaillée ci-dessous. L’innervation met en jeu six paires de nerfs crâniens. Le nerf optique (II) intervient dans la transmission des stimuli visuels. Le nerf oculomoteur (III) intervient comme releveur de la paupière supérieure, élévateur du regard et adducteur de l’oeil. Le nerf trochléaire (IV) intervient comme abaisseur du regard. Le nerf abducteur (VI) intervient comme abducteur et agent de la procidence de la membrane nictitante. Globalement on distingue une partie motrice constituée des nerfs III, IV, VI et VII et une partie sensitive constituée des nerfs II et V. En outre il existe une innervation sympathique et parasympathique particulièrement riche au sein de l’iris et des glandes lacrymales. Tout cela est schématisé sur la figure 3 ci-après.
Le globe oculaire
Le bulbe de l’oeil a un axe antéropostérieur plus court que les axes transversal et vertical. L’oeil est en revanche plus pigmenté, mais on retrouve la même forme de pupille c’est-à-dire ovale dans le sens horizontal avec la présence de grains de suie, plus présents au bord postérieur. Les procès ciliaires sont peu développés et l’iris très épais. Le muscle ciliaire est très différencié mais moins que chez la chèvre ou le mouton. La zone du tapis est de type fibreux avec une teinte bleu-vert et des reflets rougeâtres. La zone sans tapis est rouge sombre et l’ora serrata n’est pas dentelée. Le fond d’oeil montre une aire centrale en forme de strie horizontale au dessus du disque optique et au dessus du bord inférieur du tapis, avec en plus une aire centrale ronde de quelques millimètres de diamètre, placée de 15 à 18 mm en haut et latéralement par rapport au disque. Le canal hyaloïde ainsi que l’artère hyaloïde sont plutôt bien visibles.
La cornée est le prolongement antérieur de la sclère avec laquelle elle forme la tunique fibreuse du globe. Elle est transparente, richement innervée et normalement avasculaire. Elle est histologiquement constituée de quatre couches parallèles à sa surface qui sont, de l’extérieur vers l’intérieur du globe : un épithélium antérieur pluristratifié, une membrane basale ou membrane de Bowman, un stroma conjonctif, une membrane basale ou membrane de Descemet et enfin un endothélium postérieur monostratifié. La sclère est une coque fibreuse très résistante protégeant les tissus intraoculaires et servant de point d’ancrage aux muscles oculomoteurs. L’uvée est très richement vascularisée. Elle forme la « membrane nourricière de l’oeil ». On peut la séparer en trois parties : la choroïde qui s’intercale entre la rétine et la sclère, l’iris formant un diaphragme devant le cristallin et enfin le corps ciliaire situé à la jonction des deux précédentes.
Chez les bovins, la choroïde est très pigmentée. Son épaisseur est d’environ 50 micromètres au centre. L’iris présente un bord ciliaire plus épais (0,45mm) que le bord pupillaire (0,1mm). La pupille est allongée horizontalement et peut présenter de petits grains iriens appendus au bord pupillaire. La mobilité de la pupille est relativement réduite. Le corps ciliaire est plus large en face dorsoventrale. Les procès ciliaires sont au nombre de 90 à 110 et touchent presque le cristallin (103). L’humeur aqueuse est le milieu liquide du segment antérieur de l’oeil. Le corps vitré est un hydrogel situé en arrière du cristallin. Le cristallin est une structure avasculaire de forme lenticulaire à focale variable. Sa composition est remarquable par sa richesse en protéines (35%, la plus élevée de l’organisme), et sa pauvreté relative en eau (5%). Cette composition alliée à sa structure tridimensionnelle lui confère sa transparence. La rétine est la membrane photosensible de l’oeil. On peut en distinguer trois parties : une partie centrale ou partie optique séparée de la partie ciliaire par une zone dénommée « ora serrata » et enfin une partie iridienne tapissant la face interne de l’iris. Elle est formée d’un épithélium pigmentaire, de couches de cellules nerveuses, et de fibres nerveuses convergeant vers le nerf optique.
Chez les bovins, son épaisseur est de 0,22mm. Les cônes sont très peu nombreux. Les vaisseaux rétiniens sont au nombre de 3 principales (veines et artères) et occasionnellement 4 et on note très souvent une persistance de l’artère hyaloïde (103). La papille est de forme plutôt ovale, allongée dans le sens horizontal, et la partie temporale est située plus proche du tapis que la partie nasale. On ne voit généralement pas la myélinisation du disque optique. La taille est d’environ 4.2 mm horizontalement pour 2.9 mm verticalement, cependant elle est directement proportionnelle à la taille de l’animal(34). La vision est le sens prédominant chez la vache. Celle-ci a une vision panoramique de 300° avec une zone de non-visibilité de seulement 60° derrière elle.
Les bovins ont aussi une très bonne acuité visuelle pour distinguer les formes, mais une capacité limitée à faire la mise au point. La vision binoculaire des vaches se limite seulement à 35°-50° frontalement. Cette caractéristique des bovins limite leur perception en relief des objets sur une courte distance. Ainsi les zones ombragées ou brillantes, les objets qui volent au vent ou qui sont imposants, seront perçus comme des menaces. Enfin, les bovins perçoivent les couleurs (451nm (bleu) et 555nm ( vert)) ainsi que les textures
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Table des matières
TABLE DES MATIERES
INTRODUCTION
PREMIERE PARTIE : Particularités de l’oeil des bovins
I.Le développement embryologique.
II.Les annexes
III. Le globe oculaire
DEUXIEME PARTIE : Conduite clinique à tenir face à une affection oculaire chez les bovins
I.L’examen ophtalmologique et les examens complémentaires
1.Les commémoratifs
2.L’examen à distance
3.L’examen rapproché
3.1 Au transilluminateur
3.2 A l’ophtalmoscope
3.3 Au biomicroscope
4.Les tests et examens de base
4.1 Le prélèvement bactériologique
4.2 Le test de Schirmer
4.3 Les tests à la fluorescéine
4.4 Le prélèvement cytologique
4.5 Le test au rose Bengale
4.6 La tonométrie
4.7 Les examens complémentaires spécialisés
II.Les affections oculaires en fonction des différents segments de l’oeil.
1.Affections du globe et de l’orbite
1.1 Anomalies congénitales
1.2 Anomalies de position et de mouvement
1.3 Lésions orbitaires occupant l’espace rétrobulbaire
1.4 Nystagmus
1.5 Autres
2.Affections des annexes
2.1 Affections des paupières
2.2 Affections du système lacrymal
3.Affections des conjonctives et de la cornée
3.1 Affections congénitales
3.2 Affections de la cornée secondaires à l’infection systémique par le virus de l’IBR .
3.3 Affections dues à la phénothiazine
3.4 Affections parasitaires
3.5 Etude spécifique de la KCIB (kératoconjonctivite infectieuse bovine)
3.6 Affections néoplasiques : étude spécifique du carcinome épidermoïde
4.Affections du segment antérieur de l’oeil
4.1 Affections de l’uvée antérieure
4.2 Affections du cristallin
5.Le glaucome
6.Affections du segment postérieur de l’oeil
6.1 Affections du fond d’oeil
6.2 Affections du nerf optique
L’amaurose
Anomalies multiples
TROISIEME PARTIE : Propositions de conduites diagnostiques d’une affection oculaire chez les bovins
I.Informations à recueillir
II.Les affections en fonction de l’épidémiologie.
1.Les affections en fonction de l’âge d’apparition des signes cliniques.
1.1 Affections congénitales
1.2 Affections acquises
2.Les affections en fonction du nombre d’individus atteints
2.1 Individu atteint unique ou en très petit nombre
2.2 Maladies atteignant un plus grand nombre d’individus.
III. Démarche diagnostique face à un grand syndrome.
1.L’oeil rouge
2.L’hémorragie oculaire
3.L’oeil purulent chronique
4.L’oeil qui pleure
5.La douleur oculaire
6.La cécité brutale
7.L’exophtalmie
8.Le myosis et la mydriase
IV.Diagnostic étiologique
CONCLUSION
FIGURES
TABLEAUX
INDEX
BIBLIOGRAPHIE
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