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Le service du patrimoine scolaire
Traitement des données
La commune a la charge des écoles publiques. Elle est propriétaire des locaux et en assure la construction, la reconstruction, l’extension, les grosses réparations, l’équipement et le fonctionnement […]. Le conseil municipal décide de la création et de l’implantation des écoles et classes élémentaires et maternelles […] après avis du représentant de l’État dans le département. Pour répondre à ces exigences, la mairie a développé une organisation déconcentrée via les secteurs en lien avec des services centralisés comme les services du patrimoine et du bâti, sous l’autorité du Conseil municipal.
Cette transformation allège l’organisation pyramidale de la mairie par des échelons territorialisés. Les secteurs sont devenus les interlocuteurs de premier niveau pour les usagers et les personnels. Cette décentralisation et déconcentration des pouvoirs ont été accompagnées par la responsabilisation des acteurs.
À Nantes les secteurs sont au nombre de cinq : centre ouest, ouest, centre sud, est, centre nord. Ils gèrent des parties du territoire de la ville et tous les équipements municipaux. Les demandes émanant des écoles – matériel, travaux, aménagements – remontent au service patrimoine via les cinq secteurs de la ville. Cette déconcentration du service permet une meilleure appréhension des demandes : le responsable du secteur gagne en efficacité. Des réunions avec l’ensemble des secteurs ont lieu de une ou deux fois par an, afin de faire le point sur l’ensemble des demandes et de les hiérarchiser. Dans certains cas, des visites des établissements concernés sont organisées afin de statuer sur la demande. Des historiques de travaux31 recensent toutes les interventions sur chaque établissement et permettent de réguler et d’organiser les interventions à venir. Ces réunions ont pour but d’harmoniser les demandes et d’équilibrer les interventions entre les groupes scolaires.
Dans un premier temps, la personne chargée du dossier s’attelle à préciser la demande en cherchant à comprendre quel est le besoin exact des usagers et de l’ajuster aux contraintes techniques, légales ou budgétaires. Des scenarii sont avancés, souvent sous forme de plans et présentés, par le patrimoine et le bâti, au directeur et au responsable de secteur. La présentation peut permettre de valider une option ou de faire émerger de nouvelles problématiques. La question des usages est très forte dès lors que l’on intervient sur de l’existant, avec des usagers en place. Un scénario peut ainsi répondre parfaitement à la demande, mais déranger un usage dont le service du patrimoine n’avait pas connaissance. Nous posons ainsi l’hypothèse, en nous appuyant sur l’étude de Michel Conan32, que le traitement de la demande suit un schéma récurrent :
• réception de la demande
• phase de « précision de la demande »
• propositions de solutions
• présentation des scenarii
• choix d’un scénario optimal
Cette progression permet à l’agent de gagner du temps, d’anticiper sur les étapes suivantes du projet et d’approcher au mieux les attentes de l’usager.
Lors de la phase de précision de la demande, l’agent cherche à définir le besoin exact de l’usager. Le fait de préciser avec l’usager ce qui motive sa demande permet de mieux cerner ses attentes et ses besoins et donc de proposer des solutions ou des arrangements qui lui conviendront. Il ne s’agit pas ici d’architecture participative33, la consultation de l’usager intervient ici au titre de la MOA, c’est-à-dire en tant qu’émetteur d’une commande. De la même manière qu’un artisan demande des précisions à son client sur les travaux à effectuer, l’architecte se renseigne sur ce que son client attend de lui. Mais il ne le fait pas participer à la réflexion concernant les solutions envisagées. Le rôle du client consiste à choisir entre les solutions élaborées par l’architecte, non à y contribuer. Cette phase est nécessaire à plusieurs points de vue. Elle se justifie par le manque d’expérience des usagers en matière de bâtiment. Les demandes des usagers sont souvent perçues comme des demandes « simples » : une cloison à ajouter, un meuble à faire fabriquer en atelier … Une demande vise à résoudre un problème, lequel n’est pas nécessairement explicité par les usagers. Ceux-ci proposent une solution, et par là même anticipent le travail des agents du patrimoine. Or leurs connaissances techniques ne relèvent pas des mêmes compétences. Une solution simple pour le quidam, peut en réalité l’être nettement moins pour le professionnel. Pour celui-ci, chaque proposition est multi-référentielle : elle renvoie à un ensemble de paramètres auxquels il faut répondre pour que la solution soit viable et applicable. Lorsque la demande parvient sous la forme de problème, il convient de le creuser. Lorsqu’elle parvient sous forme de demande, il faut expliciter le problème de fond.
Les objectifs du service patrimoine ne sont pas les mêmes que ceux des usagers, la différence se fait sur la projection dans le temps. L’usager cherche à résoudre un problème momentané avec une solution parfois ponctuelle, l’agent du patrimoine pense à long terme : la solution proposée ne doit pas gêner ou empêcher l’évolution du bâtiment. La réflexion est également différente concernant les échelles. Les différents types d’usagers réfléchissent à l’échelle de leurs environnements de travail (une classe, un groupe scolaire, une cuisine) ou à l’échelle de leurs usages, tandis que l’agent du patrimoine réfléchit à l’échelle de la ville et de l’ensemble des écoles : il tente de généraliser des tentatives ou d’éviter de reproduire ce qui ne fonctionne pas.
La demande sous-tend généralement une négociation : toutes les directions d’école n’acceptent pas les solutions proposées, ou cherchent à obtenir « un plus ». La plupart ne veulent pas se voir imposer des solutions sans consultation. L’étude du problème a donc plusieurs avantages :
• il montre que la demande est prise en considération et que des hypothèses multiples sont envisagées,
• il permet de proposer une réponse adéquate au regard des éléments pris en compte par le patrimoine
• il permet de gagner du temps en faisant des propositions qui prennent en compte le plus de paramètres possibles.
Le service évite les échecs et les études successives. L’exemple suivant illustre les modalités de ce type de négociation, il s’agit d’une demande d’une salle de repos supplémentaire pour le personnel d’une école.
La directrice d’une école primaire transmet une demande des ATSEM34 au sujet d’une salle de pause isolée de la cantine. L’équipe de la mairie se déplace – 2 agents du patrimoine, un du bati et le responsable de secteur – afin d’appréhender les possibilités réelles. Une enclave de la salle de restauration des enfants, avec une cloison coulissante, fait office de salle de déjeuner pour les enseignants et les ATSEM, mais le niveau sonore étant trop élevé lors du déjeuner, personne n’y mange. Les enseignants déjeunent dans les deux salles de maîtres, ainsi que certaines ATSEM. D’autres déjeunent dans les ateliers. Après discussion, il s’avère que les ATSEM ne souhaitent pas manger dans les salles des maîtres pour ne pas entendre parler du travail pendant leur pause, d’autant plus que certains enseignants y travaillent pendant la pause déjeuner. Une solution matérielle est proposée, à savoir transformer une salle de rangement en salle de pause. Mais après un échange avec la directrice, celle-ci propose de libérer une des deux salles de maîtres pendant le temps du midi, afin que les ATSEM puissent y déjeuner. Dans l’attente des résultats de cette disposition, l’étude des travaux est suspendue.
Le service du patrimoine étudie toujours la possibilité de résoudre les problèmes de fonctionnement autrement que par une solution matérielle. L’étude des usages est primordiale pour comprendre l’étendue du problème et y apporter des solutions efficaces. Une solution, même matérielle, si elle n’est pas pensée en fonction des usages, risque d’avoir des répercussions négatives. La tâche est d’autant plus ardue que les intervenants dans le bâtiment scolaire se multiplient : association de soutien scolaire, initiation aux langues étrangères, périscolaire, centre de loisirs, RASED35 … Les usages sont multiples et l’occupation des locaux se densifient tant en ce qui concerne le nombre d’usagers et le temps passé sur le lieu de l’école. La médiation humaine est privilégiée dans le cadre de solutions temporaires (quelques mois à deux ans). Les solutions techniques ne sont envisagées que dans le cadre d’évolutions majeures du bâtiment (rénovation, agrandissement …).
• Études
• Mise en place des travaux
• Livraisons de chantiers
Au cours des deux premières années, les services de mairie achèvent les chantiers engagés lors du précédent mandat et donc en cours de réalisation. Des études sont également entreprises dans le cadre de nouveaux projets, certaines sont validées. Les deux années suivantes voient le début des opérations et des travaux. Pendant les deux dernières années, les services municipaux sont incités à rendre le plus de travaux possibles et à effectuer les rendus de chantier (environ 6 mois avant le début des élections). Aucun nouveau projet n’est entrepris pendant cette période.
Le Conseil municipal a un rôle primordial. Il valide les propositions du service et donne son accord pour le commencement des travaux. Pour les projets de grande envergure, la MOA met en place un appel d’offre publique, via un concours. Les équipes envoient leurs références et le jury se réunit pour sélectionner entre 3 et 5 équipes. Le programme est alors transmis à ces équipes qui ont deux mois pour rendre un dossier. Ces dossiers sont examinés d’une part par le jury et d’autre part par une commission technique. Celle-ci a un rôle consultatif, elle éclaire le jury sur ce qui est techniquement réalisable. Lors de la seconde session le jury choisit un projet qu’il propose à la MOA. Dans la plupart des cas, la MOA suit les indications du jury et transmet le projet au Conseil municipal pour validation. Cette validation est la première décision officielle, elle formalise le choix et permet le lancement du projet.
La validation apparaît souvent comme une formalité : les projets passant en conseil municipal sont validés quasi systématiquement. L’étude du dossier et les demandes de modifications sont faites en amont, au sein d’un autre conseil, le GTP. Ce dernier regroupe des représentants de toutes les directions de la mairie et examine tous les projets. Il vérifie leur pertinence, la solidité du dossier et autorise ou non leur passage en conseil municipal. Pour les projets dits « opérations spécifiques », pour les projets de nouvelle école par exemple, le dossier passe une première fois en GTP. Si le besoin s’avère légitime, le service patrimoine rédige le programme des travaux à engager. Ce programme est présenté devant le GTP, s’ensuit une première validation : le service peut lancer le concours de la MOE. Le GTP va alors valider toutes les étapes du projet jusqu’à l’APD – Avant-Projet Détaillé. Les validations des phases suivantes relèvent du conseil municipal.
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Table des matières
Remerciements
Introduction
1 Théorie et Terrain
1.1 Problématique
1.2 Références théoriques
1.3 Méthodologie
1.4 Les Terrains
1.4.1 Aimé Cesaire
1.4.2 Le service du patrimoine scolaire
1.5 Traitement des données
2 Construction d’une école : présentation des acteurs
2.1 Maîtrise d’Ouvrage (MOA) et Maîtrise d’Œuvre (MOE)
2.2 Les étapes d’un projet
2.3 La place de l’État
2.4 Organisation d’une collectivité territoriale
2.4.1 Les Secteurs
2.4.2 Le Service du patrimoine scolaire et le service du bâti
2.4.3 Le Conseil municipal
3 Mise en forme d’un projet
3.1 Formalisation d’une expérience
3.1.1 Histoire des écoles nantaises
3.1.2 Tirer les leçons du passé
3.2 Une demande de nouvelle école
3.3 Le projet Aimé Cesaire : discours croisés
3.3.1 Volontés politiques
3.3.2 Volontés architecturales
3.3.3 Complexité des relations MOE/MOA et divergence des discours
4 Quelle place pour les usagers ?
4.1 La question de la pérennité des usages : une histoire de transmission ?
4.2 Associer les usagers
Conclusion
Glossaire
Bibliographie
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