Un territoire riche de multiples d’identités
Image d’un territoire rural
Le terrain d’étude pour mon mémoire portera sur les lieux où les attaques de la « Bête du Gévaudan » ont été les plus nombreuses. La Bête, ayant réalisé le plus de victimes sur le territoire de l’ancienne province du Gévaudan (à ne pas confondre avec la région naturelle) mais aussi sur le Velay, j’ai donc choisi d’étudier d’une part la Communauté de Communes des Terres d’Apcher-Margeride-Aubrac, la Communauté de Communes des Hautes Terres de l’Aubrac, la Communauté de Communes du Gévaudan, la Communauté de Communes Coeur de Lozère, la Communauté de Communes Randon – Margeride et la Communauté de Communes du Haut-Allier pour la partie nord Lozère et d’autre part la Communauté de Commune des Rives de l’Allier pour la partie sud Haute-Loire (voir carte ci dessous)
J’ai décidé de sélectionner plusieurs territoires pour mon mémoire tout d’abord parce que c’est sur ces derniers qu’il y a eu le plus d’attaques de la Bête. De plus pouvoir confronter plusieurs Communautés de Communes mais aussi deux départements me permettra de comparer la mise en tourisme de la Bête et du loup sur ces territoires et voir de quelles manières ils s’appuient sur la Bête dans leur promotion touristique mais aussi de savoir s’ils travaillent ensemble ou non. Il me semble important de comprendre la place de la légende dans la promotion touristique d’un espace rural : comment les institutions la mettent en avant et comment les visiteurs appréhendent le tourisme dans ces territoires. Il me semble aussi important de voir si les promotions sont effectuées de manières unifiées ou biens dissociées entre les différentes institutions.
Concernant la Lozère, département métropolitain le moins peuplé et le moins dense, c’est aussi l’un des plus petits départements français (5 200 km² ). Composant le rebord sud du Massif central, elle se divise en quatre territoires naturels de hautes plaines et de montagnes : l’Aubrac, au nord ouest, frontalière de l’est de l’Aveyron, les Cévennes, chaîne montagneuse au sud-est limitrophe du nord du Gard et de l’Hérault, la Margeride au nord du département, et les Causses au sud-ouest.
À dominante bourgs et petites villes, la Lozère ne compte qu’une commune de plus de 10 000 habitants, Mende, préfecture du département. Les habitants du département se répartissent pour moitié sur la moitié nord du département (Mende, Marvejols, Saint-Chély-d’Apcher, et Langogne). Le nombre de résidences secondaires est particulièrement élevé au regard du parc de logements puisqu’en 2012, un logement sur trois est une résidence secondaire.
La structure de l’économie est pour la plus grande part tournée vers le tertiaire, avec une forte implantation des activités de l’hébergement médico-social, de la santé et une place encore importante de l’agriculture. L’évolution de l’emploi, moins dynamique, semble pâtir de la baisse d’attractivité. Pour autant, le marché de l’emploi est relativement équilibré et le taux de chômage lozérien reste un des plus bas de la région. Malgré un niveau élevé d’équipement par rapport au nombre d’habitants, les temps d’accès sont en moyenne plus longs qu’ailleurs, ce qui constitue un enjeu pour le maintien des populations dans les zones isolées et l’attractivité touristique.
Pour ce qui est du tourisme, lors des Assises de l’attractivité et du tourisme de la Lozère en 2017, un plan stratégique 2017-2021 a été présenté en faveur de la promotion du territoire avec pour nouveau slogan : « La Lozère, naturellement ! ».
Les profils de clientèle en Lozère se répartissent en 5 catégories :
– La famille, couple entre 30-50 ans avec enfants pré-ado de 8-14 ans à la recherche d’activités sportives et culturelles.
– Les seniors (50 ans et plus) et sans enfants dans une recherche de tranquillité / slow tourisme.
– Le couple « duo » dans une optique de détente et de ressourcement.
– Les jeunes étudiants (18-25 ans) pour des séjours entre amis (ici les marchés de proximité sont favorisés).
– Et pour finir, une orientation vers le tourisme d’affaires afin de proposer séminaires d’entreprises, «incentive»…
Concernant les visiteurs, une grande majorité de Français (78%), et plus particulièrement de proximité (27% viennent d’Occitanie, 11% de PACA, 14% d’Auvergne-Rhône-Alpes).
Toujours selon le plan stratégique 2017-2021, les touristes viennent en Lozère pour les grands espaces naturels, le soleil ou le climat, visiter la famille ou les amis. Ils dépensent en moyenne 28€ par jour et par personne, en prenant en compte que 47% des touristes optent pour de l’hébergement non-marchand (résidence secondaire, amis/familles, camping-car). Ils repartent avec l’envie de revenir (99%) et de recommander la destination (99%).
Le Bête du Gévaudan, entre fait-divers, légende et patrimoine culturel immatériel
Histoire de la Bête du Gévaudan
La Bête du Gévaudan, animal ou humain, est à l’origine d’une série d’attaques dans l’ancienne Province du Gévaudan. De 1764 à 1767, plus d’une centaine de victimes, plus spécialement des femmes et des enfants sont à déplorer.
Il faut savoir que cette histoire a été très médiatisée. Alors qu’une centaine d’attaques équivalentes se sont produites au cours de l’histoire de France dont toutes les régions sont peuplées par environ 20 000 loups à cette époque, ce drame intervient opportunément pour la presse en mal de ventes après la guerre de Sept Ans : le Courrier d’Avignon local puis La Gazette de France nationale et les gazettes internationales voient l’occasion de s’emparer de cette affaire pour en faire un véritable feuilleton, publiant des centaines d’articles sur le sujet en quelques mois.
L’émoi est tel que le roi Louis XV décide d’envoyer un régiment de soldats (des ,dragons), sur les lieux, mais en vain. En même temps, dix mille livres de récompense sont promises à qui ramènerait la dépouille de la Bête à Paris. Le nombre de victimes augmente et rien ne semble pouvoir arrêter «la Bête».
Finalement, le 21 septembre 1765, un porte-arquebuse du roi nommé François Antoine tue un grand loup-cervier sur le domaine de l’abbaye royale des Chazes.
On est alors persuadé qu’il s’agit de «la Bête». Le loup des Chazes est emballé et envoyé à Versailles, à partir de cette date, les journaux et la Cour se désintéressent du Gévaudan.
Pourtant, d’autres victimes sont à déplorer par la suite. Finalement, les attaques prennent fin le 19 juin 1767, peu après qu’un paysan nommé Jean Chastel tue un animal identifié comme un grand loup ou un chien. Ni plus grand ni plus effrayant qu’un autre, mais dont la carcasse sera rapidement escamotée.
La « Bête du Gévaudan » dépassa rapidement le stade du fait divers, au point de mobiliser de nombreuses troupes royales et de donner naissance à toutes sortes de rumeurs, tant sur la nature de cette « Bête » que sur les raisons qui la poussaient à s’attaquer aux populations.
Les carnages se situent principalement au centre d’un vaste triangle (cf carte p.59) incluant le village de Paulhac en Margeride, le mont Mouchet et la Besseyre-Saint-Mary. Les rares rescapés du monstre ont toujours les mêmes mots confus pour le décrire : « On dirait un loup mais ce n’est pas un loup… » Plus grand, plus gros, plus féroce, avec cette bizarre fourrure rousse et cette insolite raie noire au milieu du dos qui ne répondent pas au signalement habituel. Des jeunes filles, des enfants sont égorgés en différents endroits, comme si la Bête possédait le don d’ubiquité. Ou comme si elles étaient plusieurs…
Certes, les loups sont encore nombreux dans la région (dont certains sont de belle taille) mais ces animaux n’ont pas l’habitude de s’approcher des hommes. Les moutons étant des proies tellement plus faciles. De plus, la description donnée de la Bête correspond assez mal au profil bien connu du canis lupus traditionnel.
L’hypothèse d’un animal différent a donc été avancée : un croisement hybride avec un lynx, un ours ou quelque bête fabuleuse ? Pourquoi pas un animal sauvage évadé d’un cirque ambulant ? Mais rien de sérieux ne vient étayer ces suppositions.
Le clergé ne tarde pas à y voir une nouvelle manifestation du diable, une incarnation de Satan. L’occasion de ramener les ouailles affolées dans les églises, de les inviter à se repentir de tous leurs péchés pour mettre fin à la malédiction divine. De nombreux offices religieux sont célébrés dans toutes les paroisses. On peut ici citer le mandement de l’évêque de Mende, le 31 décembre 1764, tous les prêtres du diocèse ont pour ordre de l’énoncé à leurs fidèles. Dans ce texte, l’évêque qualifie « la Bête » de « fléau envoyé par Dieu pour punir les hommes de leurs péchés ».
Monseigneur Gabriel-Florent de Choiseul-Beaupré cite notamment Saint Augustin pour évoquer la « justice de Dieu » , ainsi que la Bible et les menaces énoncées par Dieu à travers la bouche de Moïse : « j’armerai contre eux les dents des bêtes farouches ». À l’issue de ce mandement, il est ordonné que soient respectées quarante heures de prières et de chants et ce durant trois dimanches consécutifs.
D’étranges rumeurs ont cependant circulé dans la région. De nouveaux témoignages mettent en lumière les comportements étranges de la Bête : sa façon diabolique d’échapper aux chasseurs, de brouiller les pistes, d’être toujours si parfaitement renseignée sur les plans de ses poursuivants. Certaines de ses attitudes également ont paru peu conformes à la morphologie d’un quadrupède : ne l’a-t-on pas vue emporter un enfant « sous le bras » et arracher une fourche des mains d’un paysan ? La cruauté de ses mœurs, enfin, éveille aussi quelques soupçons : ne semble-t-elle pas s’acharner un peu trop volontiers sur les parties génitales de ses victimes ? Et comment expliquer cette sorte de rituel macabre qui se renouvelle fréquemment autour des cadavres ? Quoiqu’il en soit, le mystère demeure toujours et ces diverses hyptohèses ont servi à entretenir le mystère sur la véritable identité de la Bête du Gévaudan. Mais tous les massacres qui ont eu lieu sur le territoire n’ont pas freiné la mise en avant de cette Bête. Il semble donc intéressant de s’interroger sur le type de tourisme qui est lié à cette affaire.
Fait-divers et Dark tourism
Selon Stone (2006) , voyager et découvrir des lieux associés à la mort n’est pas un phénomène nouveau. Les gens sont depuis longtemps attirés, délibérément ou non, vers des sites, des attractions ou des événements liés d’une manière ou d’une autre à la mort, à la souffrance, à la violence ou à un désastre. Les jeux de gladiateurs romains, les pèlerinages ou la participation à des exécutions publiques médiévales étaient, par exemple, les premières formes de tourisme lié à la mort, tandis que, comme le prétend Boorstin (1964) , la première visite guidée en Angleterre était un voyage en train, pour découvrir le lieu de la pendaison de deux meurtriers. De même, McConnell en 1989 note que les visites à la morgue étaient un élément récurrent des tournées parisiennes du XIXe siècle. Visites pouvant être considérées comme précurseurs des expositions «Body Worlds» à Londres, à Tokyo et ailleurs qui, depuis la fin des années 1990, attirent des dizaines de visiteurs.
Patrimonialisation et tourisme culturel
Étymologiquement, le terme « patrimoine » suggère l’idée d’un héritage, légué par les générations précédentes, à transmettre intact aux générations futures. La notion de transmission est devenue importante. Cette dernière s’est particulièrement développée au XXème siècle avec les atrocités de la Seconde Guerre Mondiale. Les musées consacrés aux mémoires douloureuses répondent en effet à une utilité sociale forte : ils « pansent et font penser » (Cyrulnik 2001 ). Comme le montre Dominique Chevalier , l’évocation récurrente du passé dans l’espace public occasionne un changement de signification dans l’appréhension du patrimoine. Le patrimoine devient une création, une construction en soi. Perçu comme un processus. Un passé avec des ressources culturelles, touristiques et mémorielles.
Dans le cas de mon mémoire, les acteurs locaux se sont inspirés d’un fait divers pour créer une offre touristique. Annik Dubied , dans le livre Production du populaire, présente ses recherches concernant les manières et les motivations (notamment des écrivains et cinéastes) pour s’inspirer du fait divers. Pourquoi reprendre et parfois sublimer ces histoires banales ou sordides? Les auteurs interrogés concernant leurs inspirations ont émis le fait que les faits divers disposent de tous les éléments pour un bon scénario et permettent de travailler sur des éléments invraisemblables.
Dans le Gévaudan, les acteurs ont donc utilisé les faits liés à la « Bête du Gévaudan » pour créer et articuler une offre touristique. Le conflit peut ici apparaître entre la mise en tourisme d’actes morbides qui se prêteraient plus à du Dark Tourism, ou le souvenir des victimes de la Bête.
Légende et Patrimoine Culturel Immatériel
Le mot légende vient du latin legenda (« qui doit être lu »). À l’origine utilisé pour désigner les récits mis par écrit afin d’être lus publiquement dans les monastères ou les églises. Au fil du temps, le mot légende s’est transformé pour désigner tout récit oral ou écrit, comprenant des éléments fictifs mais se présentant comme vrai ou basé sur la réalité. Souvent transmises de génération en génération de manière orale, cela peut impliquer des variations au fil du temps. À la différence des contes, la légende est basée sur des faits incertains dont l’existence n’a jamais pu être prouvée, le conte est un récit basé sur l’imagination de l’auteur. Jean-Pierre Bayard (1955) , dans son Histoire des légendes, présente une dizaine de théories relatives aux origines des légendes. Notamment la théorie linguistique qui considère que les légendes seraient issues de la transmission de récits entre plusieurs peuples qui empruntent les mots à d’autres cultures, les déforment et donnent lieu à de nouveaux récits.
Sur l’exemple de Dracula, la construction d’une légende à des fins touristiques est un schéma mêlant vrai et faux comme le présente Mihaela Hainagiu « Croisant et recroisant motifs littéraires, historiques, filmiques, avec des éléments patrimoniaux, jouant constamment sur les frontières entre le vrai et le faux, juxtaposant folklore et archives, l’industrie touristique américaine de cette période assura la promotion d’un nouveau lieu susceptible d’attirer le public ». Pour ce cas-là, certains produits touristiques ont été l’invention de l’imagination des touristes eux-mêmes, comme par exemple, lorsqu’ils voient en un château transylvain, résidence de la reine Marie, épouse de Ferdinand de Roumanie, le « Château des Carpates », décrit par Stoker comme résidence du vampire Dracula. La liste des lieux choisis pour les visites par les touristes met en évidence en outre une invention des traditions selon Hobsbawm (1995). Les « traditions inventées » désignent un ensemble de pratiques de nature rituelle et symbolique qui sont normalement gouvernées par des règles ouvertement ou tacitement acceptées et qui cherchent à inculquer certaines valeurs et normes de comportement par la répétition, ce qui implique automatiquement une continuité avec le passé. En fait, là où c’est possible, elles tentent normalement d’établir une continuité avec un passé historique approprié. Toutefois, même lorsqu’il existe une telle référence à un passé historique, la particularité des traditions « inventées » tient au fait que leur continuité avec ce passé est largement fictive. En bref, ce sont des réponses à de nouvelles situations qui prennent la forme d’une référence à d’anciennes situations, ou qui construisent leur propre passé par une répétition quasi obligatoire. En effet, de nombreux éléments ont été sélectionnés pour pouvoir être présents dans la politique de promotion de la Roumanie. Mihaela Hainagiu nous montre alors que l’historicité de Vlad l’Empaleur, telle qu’elle est présentée aux touristes au travers des récits des guides, est donc tissée à la fois de discours savants roumains, d’éléments imaginés, et de lieux historiques réels mais arrangés.
L’histoire de la Bête du Gévaudan, un élément indissociable de la promotion et de la consommation touristique mais pas forcément central
Histoire d’une identité de territoire en bottom up : la construction et le développement d’une image associée au Gévaudan
La Bête du Gévaudan a fait couler beaucoup d’encre. De son vivant, par les curés pour répertorier les méfaits et victimes de cet animal anthropophage ainsi que par les journaux de l’époque, qui se régalait de l’affaire, mais aussi bien après. Depuis 150 ans, son histoire a nourri différentes hypothèses d’auteurs qui ont participé à sa notoriété. Son histoire et sa présence a aussi donné à certains professionnels du territoires, l’idée de garder un lien avec cette Bête. Comme une ombre, ses actions qui se sont initialement déroulées sur 4 ans, ont imprégné depuis un siècle et demi le territoire. Ce fait divers macabre s’est petit à petit transformé en légende locale impliquant une dimension touristique.
Construction d’une image par les récits
La diversité d’édition d’ouvrage sur la Bête du Gévaudan a participé pleinement au développement et à la diffusion de l’histoire de la Bête. Il me semblait donc important d’analyser les différentes images véhiculées par les livres associés à la Bête du Gévaudan. Une analyse de la première de couverture (liste complète en annexe 1), premier contact du lecteur avec le livre, me semblait donc ici pertinente. La lecture et l’analyse plus approfondies des différents ouvrages ne me semblaient toutefois pas pertinentes car leurs lectures s’adressent souvent à des amateurs et n’auraient servi qu’à alimenter le débat entre les lycophiles et les lycophobes . Une première de couverture peut en effet être visible du grand public même si elle ne conduit pas obligatoirement à l’achat et à la lecture complète de l’ouvrage. L’important était aussi de voir quelles images les auteurs voulaient mettre en avant.
La présence du loup. Réhabilitation ou procès ?
La Bête est donc donnée à voir de façon multiple dans les différents ouvrages. En un siècle de publication, les couvertures se répondent et nourrissent le mystère sur la véritable identité de cette animal anthropophage avec parfois même, des échanges entre défenseurs et accusateurs du loup. L’ensemble de ces récits complètent et attisent donc les diverses théories concernant la véritable identité de la Bête.
Cette multitude de livres a contribué à une notoriété du Gévaudan par la Bête. En effet, pour reprendre les paroles de M. Pinard lors de notre entretiens : « avant j’étais sur Paris, quand j’ai choisi de revenir à Saugues c’était compliqué d’expliquer où j’allais. Vous dites Haute-Loire, le Puy-en-Velay ça ne parle pas, mais si vous dites que vous allez au Pays de la Bête du Gévaudan, là tout de suite ça parle ». On parle donc du Pays de la Bête, mais cette notoriété ne se doit pas uniquement à ces différents récits. Le territoire à lui même toujours gardé un lien avec la Bête et plus généralement le Gévaudan, ancienne province aujourd’hui disparue. Il me semblait important de revenir sur le développement de cet identité par les acteurs privés.
… puis d’une identité du territoire
« La construction collective nécessite la collaboration des acteurs et surtout leur mise en contact et en réseau, entre différents domaines, notamment ceux du tourisme, de la culture, du sport ou encore du social » (Houllier-Guibert 2012) .
Après l’analyse des mise en page des premières de couvertures, il me semblait important d’analyser de quelle manière la Bête était présente sur le Territoire où se sont passées les attaques. L’objectif étant de comprendre s’il y a encore un lien entre les lieux les plus touchés par les méfaits de l’animal et ce qui est présent aujourd’hui sur le territoire qui peut avoir un lien avec la Bête. Le second objectif est de voir de quelle manière ce passé est mis en avant, qu’est-ce qui est réellement priorisé dans l’identité du territoire.
Nous avons vu précédemment que mon terrain de recherche dispose de nombreux toponymes et qu’il peut y avoir en plus, un conflit entre la région naturelle et une ancienne province qui portent toutes deux le nom Gévaudan. Fort est de constater que de nombreuses entreprises de la Haute-Loire et de la Lozère mais aussi des associations, disposent du mot Gévaudan dans leur nom .
Le Gévaudan plus que la Bête – L’appropriation de la Bête du Gévaudan par les acteurs publics
Après avoir analysé la mise en avant de l’histoire de la Bête du Gévaudan dans la littérature via les premières de couverture, on peut donc se demander la place de l’histoire de la Bête dans les institutions locales du tourisme : comment la Bête est mise en avant, sous quelles formes et pour quelles occasions ? Mais tout d’abord, il semble nécessaire d’analyser la promotion touristique globale appliquée sur le territoire par l’ensemble des acteurs. Je me suis donc rapprochée des Offices de Tourisme présentes sur mon terrain de recherche. Côté Lozère : l’Office de Tourisme Mende Coeur de Lozère, l’Office de Tourisme de Langogne-Haut-Allier, l’Office de Tourisme de l’Aubrac Lozérien, l’Office de Tourisme Coeur Margeride, l’Office de Tourisme Gévaudan Destination et l’Office de Tourisme Margeride en Gévaudan et côté Haute-Loire, je me suis rapprochée de l’Office de Tourisme Intercommunautaire des Gorges de l’Allier. (Un schéma est disponible en annexe 4).
Nombres d’entre elles sont nées à la suite de la loi NOTRe. En effet, le 1er juillet 2018, les Offices de Tourisme du Malzieu-Ville, de Saint-Alban-sur-Limagnole et de Saint-Chély-d’Apcher ont fusionné pour devenir l’Office de Tourisme Margeride en Gévaudan. Fort de cette nouvelle identité, l’Office de Tourisme a élaboré une stratégie de communication et de promotion, dont le futur site internet sera l’un des principaux piliers. D’autres part, l’Office de Tourisme de l’Aubrac Lozérien est le résultat de la fusion de l’Office de Tourisme de Nasbinals, l’Office de Tourisme d’Aumont Aubrac et l’Office de Tourisme de Fournels. Ces différentes fusions entraînent encore aujourd’hui des évolutions donc les différentes stratégies de communication. De plus, par leur mode de fonctionnement différents, puisque quatre sont des EPIC (L’Office de Tourisme Mende Coeur de Lozère, l’Office de Tourisme de Langogne-Haut-Allier, l’Office de Tourisme Gévaudan Destination et l’Office de Tourisme Margeride en Gévaudan) et les trois autres ont le statut d’association (l’Office de Tourisme de l’Aubrac Lozérien, l’Office de Tourisme Coeur Margeride et l’Office de Tourisme Intercommunautaire des Gorges de l’Allier), les moyens et les mises en place de la communication diffèrent d’un établissement à l’autre.
Répartie sur deux départements différents, la communication appliquée sur mon territoire de recherche dépend aussi des Schémas Départementaux de Développement Touristique la Haute-Loire et de la Lozère.
Il me semblait donc intéressant de voir comment sont construites les différentes stratégies de développement touristique sur le territoire, de quelle manière les acteurs coopèrent entre eux et la place de l’histoire de la Bête du Gévaudan dans tout cela.
Une mise en commun des ressources
Avec cette unification de la stratégie touristique orientée sur le tourisme expérientiel, on peut imaginer une coopération entre les territoires dans un objectif de création de destination.
C’est notamment le cas des Offices de Tourisme Margeride en Gévaudan, Coeur Margeride et Langogne Haut-Allier. Ces trois offices, étant présentes sur le territoire de la Margeride, entretiennent une stratégie de communication commune notamment via une page Facebook dédiée. « A nous trois on essaie parfois de communiquer, d’appliquer une stratégie de communication partagée sur la nature, le sport de pleine nature avec les trails, les via ferrata, les sites d’escalades, les descentes VTT ».
L’Office de Tourisme Margeride en Gévaudan travaille aussi avec le Bureau d’accueil de Saugues, situé à proximité. Plus particulièrement aussi avec le Musée Fantastique de la Bête du Gévaudan ou encore le Mont Mouchet avec le Musée de la Résistance et donc le SMAT du Haut-Allier dont ils sont partenaires. Tout cela dans le cadre d’un intérêt commun : un échange de la clientèle touristique via notamment un relais des actions de communication et un partenariat en ayant de la documentation de l’Office et des sites de l’autre territoire dans leur Office.
L’Office de Tourisme Intercommunautaire des Gorges de l’Allier travaille en lien avec la Maison du Tourisme de la Haute-Loire mais aussi avec le Musée Fantastique de la Bête du Gévaudan (Saugues) ou la Maison de la Bête (Auvers). De nombreux événements, notamment des éductours sur le Pays de Saugues ont été mis en place avec un passage par le musée de Saugues.
Toujours côté Haute-Loire, concernant le son et lumière « Le Puy de Lumière » où la Bête du Gévaudan est représentée dans la cours de l’Hôtel du Département, face à la Chapelle Saint Alexis, avec un thèmes les « incontournables » de la Haute-Loire (avec par exemple la Forteresse de Polignac ou encore le général Lafayette). Il n’y a pas eu concertation avec les différentes Offices du département.
La coopération se fait aussi souvent par des sites touristiques communs à plusieurs territoires. L’Office de Tourisme de l’Aubrac Lozérien et l’Office de Tourisme Gévaudan Destination travaillent régulièrement ensemble sur le lac du Moulinet, notamment via la mise en place d’évènements sportifs comme le triathlon. Un point d’information touristique commun est aussi présent sur le bord du lac.
Un partage d’informations est aussi fait au niveau départemental via le logiciel Tourinsoft. Ce dernier permet un partage d’informations via une base de données des différentes infrastructures. De plus, les OT du territoire donnent tous les mois des données concernant la fréquentation et la demande touristique dans leurs bureaux d’accueil, ce qui leur permet d’avoir un recul sur la demande touristique.
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Table des matières
Remerciements
Résumés
La liste des abréviations et des sigles
Introduction
Le territoire du Gévaudan et les questions de mise en tourisme de la Bête
La mise en tourisme d’un territoire rural
Définition, évolution et enjeux des territoires ruraux
L’importance du tourisme rural en France
Un territoire riche de multiples d’identités
Image d’un territoire rural
Le Bête du Gévaudan, entre fait-divers, légende et patrimoine culturel immatériel
L’histoire de la Bête du Gévaudan, un élément indissociable de la promotion et de la consommation touristique mais pas forcément central
Histoire d’une identité de territoire en bottom up : la construction et le développement d’une image associée au Gévaudan
Construction d’une image par les récits
… puis d’une identité du territoire
Le Gévaudan plus que la Bête – L’appropriation de la Bête du Gévaudan par les acteurs publics
La Bête du Gévaudan comme complément de consommation du territoire pour les touristes
Des touristes à la recherche de sports, nature et ressourcement
Mais quelle place pour la légende dans cette consommation ?
La réhabilitation du loup par la Bête du Gévaudan
Historique du loup sur le territoire, une présence qui fait débat
La disparition sur le territoire – une histoire de « grands méchants loups »
Changement de mentalité – la réhabilitation du loup
Une repopulation progressive du loup et la réapparition des conflits
Les enjeux de l’utilisation de la Bête du Gévaudan dans les discours de réhabilitation du loup
La Bête et la monopolisation des hypothèses. Faut-il crier au loup ?
La structuration d’un discours autours du mystère : faire cohabiter légende et vérité scientifique
Conclusion
Bibliographie
Annexes
