La représentation de l’altérité et les discours de la différenciation dans la presse écrite française et grecque

La constitution de l‟identité, se trouve au milieu d‟une dialectique de l‟un et du multiple ; la construction du soi se fait souvent par rapport à l‟Autre, dans une relation d‟opposition du « Je » à l‟Autre et dans une relation d‟appartenance du «Je» au groupe du Même. L‟identité, considérée ainsi comme un système de relations et de représentations trouve dans l‟altérité un facteur dynamique de sa transformation ; de la même manière que l‟Autre change dans le temps et dans l‟espace, l‟identité elle aussi se transforme, suivant le nouveau visage que prend l‟Autre dans chaque époque. Cependant, la représentation de l‟altérité c‟est une dynamique communicationnelle, car l‟Autre se produit dans l‟acte de communication.

L‟idée qu‟à travers les moyens de communication le monde se transformerait en un universel « melting-pot », et les différences culturelles, politiques, ethniques etc. s‟effaceraient, a été largement pendant longtemps. Surtout avec le développement technologique des médias, qui a apporté l‟effacement de la distance et du temps, nous avons cru que l‟heure d‟apprendre l‟Autre et de comprendre son comportement et sa culture était enfin arrivée. Cependant, nous sommes encore loin du jour où les médias affirmeront ces prédictions. Pour l‟instant, les représentations de l‟altérité créent la distance et non pas le rapprochement de cultures différentes. Chaque société s‟appuie sur les différences des Autres pour se distinguer et préserver son unité.

Le parcours historique du phénomène identitaire 

Un phénomène social ne peut pas être analysé sans dimension historique : elle nous permettra de mieux comprendre son évolution et également les enjeux qui l‟ont accompagné tout au long de son existence. Cependant, toute démarche visant à reconstruire un itinéraire intellectuel comporte le risque d‟une réécriture de l‟histoire. La mise en forme d‟une démarche scientifique se présente souvent sous les traits d‟une prophétie rétrospective qui consiste à fonder une origine en fonction du but que l‟on se propose d‟atteindre. Pour échapper à ce risque, l‟auteur de ce travail a éprouvé le devoir d‟analyser le fondement des approches identitaires dans le monde grec antique.

L‟identité, fondée sur les différences avec l‟Autre, est une valeur primordialement historique, elle doit donc être étudiée comme telle. La présente étude adopte le modèle praxéologique de l‟étude des médias. Ce modèle positionne l‟objet de la construction au centre de l‟interaction et ne le traite pas comme extérieur à l‟acte de communication.

La communication est interaction et l‟interaction contribue à prendre conscience de Soi et d‟autrui. Selon E. Goffman [GOFFMANN, 1973], l‟interaction est le lieu de la construction de l‟individu et du social. Elle est également le lieu où se montre et se maintient l‟ordre social. L‟interaction est ainsi conçue comme un processus dynamique où entre en jeu la reconnaissance de chacun au sein de l‟ordre social par les règles qui président à la communication. La perception et l‟interprétation de l‟image de l‟autre, à partir des normes établies dans chaque société, signalent le fait que la réalité de l‟Autre est socialement construite, dans le temps et dans l‟espace. Ainsi, les conceptualisations historiquement disponibles autour de la réalité d‟un phénomène nous permettront de reconnaître son état à un moment donné ou encore d‟affirmer sa transformation dans le temps. J. Durham Peters et E. W. Rothenbuhler, se montrent explicites quant au rôle des médias : « il s’agit de la construction de la réalité, et de la réalité de construction » . Pour les auteurs, l‟expérience sociale repose sur une communication activant des structures symboliques. C‟est dans la communication que l‟expérience sociale prend sens et c‟est à partir l‟acte communicationnel que l‟identité se construit.

Ainsi, afin d‟approfondir la genèse des comportements identitaires en Europe, nous devons remonter jusqu‟à la Grèce antique, où la raison européenne trouve ses fondements. Nous aborderons les idées des philosophes présocratiques, essentiellement Héraclite, Pythagore et Parménide, afin de dessiner le cadre dans lequel l‟identité occidentale a pris sa forme.

La construction d’un espace d’appartenance et d’un espace autre 

Construire une identité est forcément lié avec la construction d‟un espace commun, et d‟une distance entre Nous et les Autres, c‟est-à-dire avec l‟établissement des règles d‟inclusion et d‟exclusion. Selon J. F. Tétu [2002], « la reconnaissance de l’autre se fait d’abord dans l’espace, parce que c’est l’espace qui marque la séparation, la distinction d’avec l’autre. Mais cet espace physique ne peut devenir espace de communication que s’il devient lui aussi un espace symbolique. C’est bien ce que signifient les frontières» . L‟importance des représentations de la presse dans la construction de l‟espace et du lointain se rend évidente, si nous réfléchissons à la double dimension de la presse écrite : dimension fonctionnelle, parce qu‟elle nous apprend ce qui se passe dans le monde, et dimension symbolique, car elle crée des valeurs sociales et des normes identitaires, en représentant l‟Autre.

Le traitement du sujet centre /périphérie présente beaucoup de similarités avec le traitement du sujet Soi /Autre, car les notions telles que le territoire, la démocratie et la citoyenneté sont fortement liées à celle de l‟identité. Nous pouvons dire que la périphérie reste la représentation de l‟Autre, le centre celle de Soi. Toutefois, les frontières et le niveau d‟interaction entre le centre et la périphérie montrent le degré d‟acceptation ou de refus de l‟Autre comme partie de notre société. La question se pose alors de savoir si les représentations de la presse écrite incitent à une distinction entre centre et périphérie, et plus loin si elles donnent l‟image de l‟Europe comme centre et de la Chine comme périphérie.

La représentation de la population chinoise, mais surtout du régime chinois, dans la presse française et grecque constitue un enjeu sociopolitique important pour la société européenne, dans la mesure où la presse peut orienter les relations établies avec ce peuple éloigné de l‟Europe. Pendant des siècles les Chinois ont gardé une image exotique, une image de fascination dans l‟imaginaire européen. Aujourd‟hui la Chine continue de constituer une périphérie pour l‟Europe, mais elle est en train de perdre cette image. Son développement économique l‟a mise au centre de l‟actualité européenne, inquiétée par le rythme et l‟influence de l‟économie chinoise. La Chine représente le nouvel Autre, le nouvel espace à partir duquel l‟identité européenne va établir et préserver ses frontières culturelles, politiques et économiques.

Ainsi, les concepts de la spatialité et de la temporalité seront étudiés tout au long de ce travail en rapport avec la capacité de la presse à représenter l‟espace et le temps de façon à accroître ou réduire la distance entre les cultures différentes. Comment un événement est-il présenté dans l‟espace et dans le temps d‟un journal? Comment l‟événement est-il lié à d‟autres phénomènes ? Enfin, comment l‟espace et le temps, qu‟un événement va occuper dans la presse, est-il choisi ? Telles sont certaines des questions auxquelles nous essayons de répondre, afin de montrer l‟existence d‟un espace ou l‟Autre se construit, espace qui se tient à distance de l‟espace européen.

Un regard attentif sur les fondements de la constitution de l‟Union européenne nous confirmera que le défi est grand pour l‟Europe, qui doit organiser une cohabitation harmonieuse entre les nombreux habitants des centres et des périphéries. Le processus d‟élargissement des structures communautaires qui s‟ouvrent aux pays de l‟Europe médiane montre clairement combien ces pays sont attachés à la notion de centre de l‟Europe. Pourtant, ce nouvel espace européen qui est en train de se créer a besoin de s‟affirmer par rapport à un espace Autre.

La problématique d’une construction médiatique de l’identité européenne

C‟est muni de cet arsenal théorique que nous nous sommes plongés dans un travail de démontage du rôle des représentations de l‟altérité dans la construction de l‟identité européenne. Face à la crise économique contemporaine qui menace l‟Europe, l‟unité européenne est confrontée à l‟exaltation des intérêts individuels et des nationalismes politiques. Cette fragilisation de l‟Union trouve aussi ses racines dans le sentiment que les décisions sont prises loin des centres de décision politique nationaux. Si l‟on admet que la crise européenne actuelle est bien aussi identitaire, la question se pose de savoir si l‟identité européenne est une fiction ou une réalité.

Le rôle des médias dans la socialisation de l‟individu devient de plus en plus important, mais les éléments de cette socialisation sont majoritairement construits. Selon Ian Hacking, « La plupart des éléments dont on dit qu’ils sont socialement construits, ne pourraient être construits que socialement…donc l’épithète ‘social’ est généralement superflu » [HACKING, 2001 ; 63]. Dans ce travail nous essayerons de discerner comment se forment les relations entre l‟identité et l‟altérité, entre le Je et l‟Autre à travers la représentation de l‟altérité diffusée dans la presse écrite. De plus, de quelle façon l‟identité européenne se sert d‟un Autre stéréotypé pour se construire. Nous nous demandons donc, si la nature de cette identité européenne est créée par la diffusion de traits et de discours négatifs sur l‟Autre. S‟agit-il du « vrai Autre » dont la presse parle ? Si la réponse est négative, les fondements de l‟identité européenne risquent de s‟avérer utopiques.

Le rapport de stage ou le pfe est un document d’analyse, de synthèse et d’évaluation de votre apprentissage, c’est pour cela clepfe.com propose le téléchargement des modèles complet de projet de fin d’étude, rapport de stage, mémoire, pfe, thèse, pour connaître la méthodologie à avoir et savoir comment construire les parties d’un projet de fin d’étude.

Table des matières

REMERCIEMENTS
TABLE DES MATIERES
INTRODUCTION
Première partie TOURS ET DETOURS DE LA RHETORIQUE DE L’ALTERITE.
Chapitre I IDENTITE ET DIFFERENCE : QUELS ENJEUX ?
1.1 L’identité, une notion paradoxale : la « négociation » entre sentiment de distinction et sentiment d’appartenance.
1.2 Qui est l’Autre de moi–même ? Tentatives de définition.
1.3 La différence est-elle une construction politique ?
1.4 La dialectique de l’identité et de l’altérité dans la philosophie occidentale.
1.4.1 De Thalès à Héraclite ; l’identité se forme par un flux continu entre le Moi et l’Autre.
1.4.2 Parménide et le savoir immobile ; l’Etre forme un tout permanent.
1.5 La rhétorique de l’altérité : comment imposer une idéologie
1.5.1 Les techniques du récit d’Hérodote : quelles affinités entre la rhétorique de l’altérité en Grèce antique et dans les énoncés de la presse écrite?
Chapitre II LES REPRESENTATIONS DE L’ALTERITE ; CONSTRUIRE UNE PLACE POUR L’AUTRE DANS L’IDENTITE EUROPEENNE.
2.1 Le système des représentations : une nécessité pour la construction de la réalité?
2.1.1 Les représentations médiatiques, producteurs de sens (du social) ou arme institutionnelle ? Un mode d’emploi ambigu
2.1.2 Figures de l’altérité : une étude de cas sur l’affaire du lait frelaté ou comment élaborer un scandale
2.2 Quand les représentations de la presse donnent naissance aux stéréotypes.
2.2.1 Représentations et stéréotypes ; polémique identitaire ou polémique d’appartenance ?
2.2.2 La presse écrite, un réservoir de stéréotypes sur les Chinois.
2.2.3 Visibilité limitée et connotations négatives limitent la compréhension de l’Autre.
2.3 Les représentations et la construction du «lointain». La presse comme espace dimensionnel et imaginaire du territoire chinois
2.4 L’Autre Chinois dans l’espace européen ; là où la presse française et grecque se rapprochent et se différencient.
2.4.1 Le fonctionnement de l’espace médiatique européen.
2.4.2 Les indicateurs du mode de fonctionnement : sujets présents, sujets absents et l’ordre des sujets.
2.5 La prédominance de la voix officielle. Qui se (re)présente comme Autre ?
Seconde partie LES DISCOURS DE LA DIFFERENCIATION : UNE ETUDE DE LA FACON DONT L’IDENTITE EUROPEENE S’AFFIRME.
Chapitre III MISE EN PLACE D’UNE METHODOLOGIE DE RECHERCHE : L’OBJET DE L’ANALYSE DISCURSIVE DE L’ALTERITE ET LA PROCEDURE DE CODIFICATION.
3.1 Définir les interrogations discursives de la recherche.
3.2 Quand un fait devient un événement. Le discours comme méthode de valorisation de l’information.
3.2.1 Le discours de l’altérité dans la presse écrite : quels sont ses effets sur la réalité sociale ?
3.2.2 Quels critères pour que l’Autre apparaisse dans l’actualité ?
3.2.3 Première étude de cas : Le rituel des Jeux Olympiques, un discours de mythification de l’identité chinoise.
3.2.4 Deuxième étude de cas : quand les nouvelles venant de la Chine créent une « crise ».
3.3 La collecte des éléments de la recherche : un corpus bipartite.
3.4 Un amalgame méthodologique : l’analyse du discours, l’analyse du contenu et l’analyse linguistique.
3.4.1 Le discours de l’altérité ou les discours de l’altérité ? Une hypothèse de transformation comme point de départ.
3.4.2 L’analyse du contenu : une catégorisation de la fréquence de l’apparition de l’identité chinoise dans la presse écrite.
3.4.3 L’analyse linguistique : tracé des termes qui construisent des stéréotypes sur l’identité chinoise. Une hypothèse de stigmatisation.
3.4.4 L’analyse iconographique : la construction du « lointain » via un espace autre.
3.4.5 Une méthodologie à la fois quantitative et qualitative
Chapitre IV LA CONSTRUCTION DE L’IDENTITE EUROPENNE DANS LE TEMPS (CHRONOS) ET DANS L’ESPACE (TOPOS).
4.1 L’identité européenne construite dans le temps ; une carte chronologique de l’altérité dans la presse écrite.
4.2 L’identité européenne construite dans l’espace ; une carte topographique de l’altérité dans la presse écrite.
4.3 La catégorisation de l’identité chinoise ou comment instrumentaliser la représentation de l’Autre.
4.3.1 Première grille de lecture : les différents types de nouvelles.
4.3.2 Deuxième grille de lecture : le rubricage
4.3.3 Le consensus construit à travers la voix officielle de l’éditorial.
4.3.4 Quand la Chine fait la Une : une visibilité réduite
4.4 Isoler ou mettre en relation l’identité chinoise avec l’identité européenne ?
4.5 Un topos fertile en stéréotypes : les illustrations des Chinois dans la presse.
4.5.1 La fréquence des images dans la presse
4.5.2 Le discours implicite des images
CONCLUSION

Rapport PFE, mémoire et thèse PDFTélécharger le rapport complet

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *