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Méthode et matériaux
Texte source
Le texte source utilisé dans ce mémoire est le document Convention pour la Sauvegarde du Patrimoine Culturel Immatériel sur le site de l’Unesco, en.unesco.org. Le document a été établi en novembre 2010 au Kenya, mais la date de publication sur Internet ne peut pas être trouvée. Francis Chevrier, l’auteur du livre Notre Gastronomie est une Culture que nous référençons dans l’analyse, est l’un des experts qui ont été co-auteurs de la CN. Il est aussi directeur de l’Institut européen d’histoire et des cultures de l’alimentation (IEHCA)1. Notre hypothèse de départ est que le TC sera lu par ceux qui ont le pouvoir de changer la façon dont nous regardons la cuisine suédoise. Ils peuvent être incités à travailler pour l’inclusion du repas gastronomique suédois sur la liste du patrimoine mondial. Peut-être que la Suède n’a pas l’histoire riche que les Français ont gérée par l’intermédiaire des chefs comme Escoffier et Bocuse, mais ceux qui ont établi la CN souhaitent mettre en lumière tous les repas gastronomiques et pas seulement ceux qui appartiennent à la haute cuisine. La culture suédoise de l’alimentation pourrait aussi prendre place avec des plats uniques comme « gravlax » et « rökt lax » (saumon mariné et fumé) et « inlagd sill » (hareng mariné) par exemple. Il y a aussi une plus grande prise de conscience en Suède quand il s’agit de la culture de la nourriture et nous avons beaucoup de grands chefs tels que Leif Mannerström et Tommy Myllymäki qui a remporté le Bocuse d’Or Europe 2014. Nous tenons à développer l’intérêt pour le repas gastronomique afin qu’il devienne une partie importante de la vie en Suède, que les Suédois commencent à valoriser tout ce qui implique le repas gastronomique. C’est-à-dire que l’on prenne le temps d’acheter des produits frais, les préparer, dresser la table, et de savourer le repas ensemble. Ensuite, transmettre ces traditions aux générations futures a alors également de l’importance. « Les notions de savoir-faire, de pratiques, de connaissances, transmis [sic] de générations en générations et recréés en permanence, que les individus reconnaissent comme faisant partie de leur patrimoine culturel et qui leur procure [sic] un sentiment d’identité et de continuité » (Chevrier, 2011 : 118).
Points de départ théoriques
Le défi pour le traducteur est de transférer des phénomènes culturels tels que les expressions figurées, les rites et les traditions et les noms des organismes qui parfois manquent d’équivalence dans la langue cible. Les plus célèbres théoriciens de la traduction comme Vinay et Darbelnet, et Rune Ingo, par exemple, offrent de l’aide au traducteur avec plusieurs des stratégies de traduction qu’ils ont développées. Cependant, aucune des stratégies ne couvre complètement les besoins du traducteur. Ingo a une stratégie bien développée, ce qu’il appelle « Les quatre aspects fondamentaux de la traduction », mais il utilise également les termes de Vinay et Darbelnet en termes « d’adaptation » et « d’équivalence » (bruksmotsvarighet) (2007 : 152). D’autre part, Ingo a préparé une description plus détaillée de la stratégie « complément du texte » (notre traduction « komplettering av texten ») (2007 : 134). « Pour le traducteur se produisent les difficultés pragmatiques dès qu’il s’agit de phénomènes qui manquent dans la culture de la langue cible » (Ingo, 2007 : 131). Brynja Svane dit que « le traducteur se trouve inévitablement devant le choix formulé par Gideon Toury (1995) entre ce qui est adéquat (« source oriented ») et ce qui est acceptable (« target oriented ») » (dans Eriksson, 2007 : 131). Le dilemme est de savoir si la traduction doit être fidèle au texte source ou si le texte cible doit être aussi authentique que possible. Il existe différentes théories et des camps quand il s’agit de la façon de résoudre ce problème, mais selon Svane « la discussion ne peut pas avoir de sens si l’on prend sérieusement en considération les facteurs qui déterminent dans le détail le choix du traducteur : type de texte, public envisagé, « skopos », ainsi que les exigences de l’éditeur et le contexte économique et social qui entoure la traduction » (dans Eriksson 2007 : 131). Nous sommes d’accord qu’il n’y a pas une solution qui fonctionne dans tous les contextes.
Il faut étudier plusieurs théories pour comprendre comment traduire des références culturelles. En cherchant des équivalences suédoises, nous avons réalisé qu’il est vraiment difficile de traduire des phénomènes culturels, car même si on trouve une contrepartie, elle n’est presque jamais satisfaisante. La difficulté est d’essayer de résumer les concepts remplis de références culturelles et de connotations à une expression concise et facile à comprendre dans la langue cible.
Vinay et Darbelnet discutent la métalinguistique, un concept qui englobe « l’ensemble des rapports qui unissent les faits sociaux, culturels et psychologiques aux structures linguistiques » développé par le linguiste américain George L. Trager (1977 : 259). Trager explique le terme comme suit: « Language is a self-contained system of culture (microlinguistics), firmly anchored in the biological organism (prelinguistics), yet reflecting and reflected in the rest of culture (metalinguistics) » (Hall &Trager, 1953: 3). Dans Stylistique comparée du français et de l’anglais, Vinay et Darbelnet comparent le français avec l’anglais qui ainsi que le suédois est une langue germanique (cependant avec une forte influence du latin). Ils insistent sur le fait que la langue reflète sa propre culture et que ce n’est pas surprenant s’il existe des différences entre ces deux langues sur le niveau métalinguistique, des « découpages », une catégorie dans laquelle ils classent « le repas » (Vinay & Darbelnet, 1958 : 260). Ils fournissent un exemple classique de la façon dont la couleur est classée en différentes langues et que, par exemple, dans l’anglais on peut utiliser le mot «brown» pour décrire de nombreux phénomènes tandis que le français possède plus de nuances: « marron », « brun » et « bistre » entre autres. Il n’est pas tout à fait clair ce que les auteurs entendent par « découpage différent de la réalité ». Ici, nous aurions aimé une définition de « la réalité » et la façon dont on détermine ce qui est « différent ». Néanmoins, il s’agit d’une classification raisonnable de quelque chose d’universel qui diffère dans les cultures du monde. Une telle différence est qu’en Suède on dîne à environs six heures du soir, tandis qu’un repas français peut être pris aussi tard que huit heures et demie. Rune Ingo parle aussi de la métalinguistique et il met l’accent sur le langage qui « décrit et, parfois, s’explique soi-même » (Ingo, 2007 :128).
On n’a pas besoin d’une langue pour faire la cuisine ou partager un repas, mais pour perpétuer la tradition qui entoure un repas gastronomique dans une famille ou une collectivité, il faut qu’on le fasse oralement ou par écrit.
Stratégies de traduction
Vinay et Darbelnet utilisent les termes stratégie et procédure pour décrire ce qui se passe lorsqu’on traduit d’une langue à l’autre. Techniquement, une stratégie est une orientation générale du traducteur (par exemple vers la traduction « libre ou littérale », vers le TC ou le TS, vers la domestication ou la foreignization) tandis que la procédure est une technique spécifique ou la méthode utilisée par le traducteur à un certain point dans un texte (par exemple, l’emprunt d’un mot de la LS, l’ajout d’une explication ou une note dans le TC). (Munday, 2012 : 86).
Il y a plusieurs stratégies qui peuvent être utilisées en traduisant des textes, mais à notre avis ces stratégies ne sont pas toujours suffisantes pour trouver une solution ou expliquer pourquoi une traduction spécifique a été choisie. Selon Svane, « […] c’est souvent la dimension culturelle du texte qui pose les plus grands problèmes pour le traducteur ». Elle donne l’exemple de l’Elysée, la résidence présidentielle, en soulignant qu’il n’est pas évident que tous les lecteurs cibles connaissent cette référence culturelle (Svane, 2007 :133). Nous avons surtout utilisé les stratégies pragmatiques développées par Vinay et Darbelnet (les deux premières) et Rune Ingo (les deux dernières). Ces stratégies sont :
Adaptation
Équivalence
Complément de texte
Omission
En premier lieu, lorsqu’il faut changer la référence culturelle dans une situation qui n’existe pas dans la culture cible, on utilise la procédure d’adaptation (Vinay & Darbelnet, 1958 : 77). Vinay & Darbelnet mentionnent l’exemple où un interprète en simultanée traduit le sport de « cricket » par « Tour de France » à un délégué français, puisque « le cricket » n’est pas un sport national en France comme dans plusieurs pays anglophones. Nous ne pensons pas que l’exemple est si bon quand il s’agit de la traduction et donc nous avons consacré le chapitre 3.2 ci-dessous à la discussion des problèmes en matière de références culturelles et de communication. Un interprète est pressé d’obtenir rapidement le message de ce qui est dit tandis qu’un traducteur peut prendre le temps de réfléchir et puis expliquer par écrit, un phénomène qui est inconnu à la culture cible. En fait, le cricket et le vélo sont deux sports complètement différents et le sport qui devrait être transmit est le sport national de la culture source. Peut-être que l’interprète aurait pu donner une brève explication dans le style de « l’un des plus grand sports de l’Angleterre ». « Pour le traducteur, des difficultés pragmatiques se produisent dès qu’il s’agit de phénomènes qui font défaut dans la culture représentée par la langue cible » (Ingo, 2007 : 131).
Ensuite, nous avons étudié différentes théories concernant l’équivalence et les problèmes que les théoriciens de traduction ont essayé d’expliquer et de résoudre. L’équivalence est l’une des stratégies développées par Vinay et Darbelnet et elle signifie qu’il « est possible que deux textes rendent compte d’une même situation en mettant en oeuvre des moyens stylistiques et structuraux entièrement différents ». Ils donnent l’exemple du proverbe français « Deux patrons font chavirer la barque » qui a l’équivalence anglaise « Too many cooks spoil the broth » (suédois : Ju fler kockar, desto sämre soppa) (Vinay et Darbelnet, 1958 : 52).
Munday cite Roman Jakobson qui suppose que le problème de la signification de l’équivalence porte sur les « différences dans la structure et dans la terminologie des langues plutôt que sur toute incapacité d’une langue à rendre un message qui a été écrit ou prononcé dans une autre langue verbale ». Pour Jakobson « tout est transférable dans n’importe quelle langue existante » (2007 : 60). Nous ne sommes pas sûrs que ce soit tout à fait vrai comme sera démontré dans l’exemple de (7) l’art de la bonne chère, voir l’analyse du chapitre 3. Donc, nous allons essayer de démêler le concept de référence qui est important dans le cadre de la traduction des phénomènes culturels, car il est important que le traducteur cherche à créer un texte cible, et autant que possible fournisse des références qui sont équivalentes au texte source. En outre, Eugene Nida, un des théoriciens cité par Munday, parle d’une équivalence dynamique et suppose que la relation entre le récepteur et le message devrait être sensiblement la même que celle qui existait entre les récepteurs d’origine et le message. Le but de l’équivalence dynamique est de trouver « le plus proche équivalent naturel pour le message de la langue source ». (Munday, 2012 : 67). Peter Newmark souligne l’importance qu’attribut Nida au récepteur et affirme que « le succès de l’effet équivalent est ‘illusoire’ et que le conflit de loyauté, l’écart entre l’accent sur la langue source et la langue cible resteront toujours le problème majeur dans la théorie et la pratique de la traduction » (Munday, 2007 : 70). Nous sommes d’accord, car même si le traducteur est conscient, il est sans doute impossible de rendre justice au TS.
En troisième lieu, Ingo décrit le cas particulier pragmatique complément de texte lorsqu’une traduction directe ne fonctionnera pas et que le traducteur doit donc trouver une solution qui fonctionne dans le TC et dans son environnement culturel (Ingo, 2007 : 133). Bien que les cultures française et suédoise aient beaucoup en commun (elles sont européennes, occidentales, chrétiennes ; elles partagent également une histoire commune), il existe des phénomènes culturels qui néanmoins, ne se traduisent pas par un mot ou une expression correspondante. Par conséquent, le traducteur a la possibilité d’ajouter une explication pour rendre le texte compréhensible au lecteur. Ingo souligne également que la nécessité d’ajouter une explication dépend du type de TS. Les textes informatifs, tels que la littérature spécialisée, nécessitent des ajouts plus fréquents et ils sont plus considérables (2007 : 136).
Finalement, la stratégie de l’omission signifie une omission sémantique en enlevant des porteurs de sens qui « ne peuvent pas être lus entre les lignes ou compris dans le contexte » (Ingo, 2007 : 124).
Référence et communication
Le problème qui resurgit constamment lors de la traduction de phénomènes culturels est de trouver une référence équivalente à utiliser dans la langue cible, et donc la stratégie que le traducteur doit choisir pour transférer, par exemple, la fête nationale française « le 14 juillet » qui est une célébration historique. Nous pouvons donner un exemple oral de cela à partir d’un documentaire (Beckham goes Brazil2) où un homme d’un certain âge issu de la tribu indienne des Yanomamis lui demande quel était sa profession. Pour la première fois de sa vie, Beckham a dû expliquer ce qu’était le football, mais l’explication n’a pas du tout atteint son but. L’homme indien ne semblait pas comprendre comment on pouvait vivre de ce genre d’activité et la tribu manquait de référence culturelle dans sa langue et culture. C’est un exemple oral, mais si l’exemple avait été formulé par écrit, il aurait été tout aussi difficile pour un traducteur d’expliquer ce sport, sans être obligé d’ajouter une note très longue en bas de page. Comme la tribu ne pratique pas le sport, il est impossible d’utiliser une comparaison, comme c’est le cas du phénomène culturel « le 14 juillet ».
Le but de traduire un texte spécialisé est de transférer le message du TS, mais le traducteur ne réussit pas dans tous les cas. Les problèmes qui existent sont un codage insuffisant (une généralisation excessive ou une spécification insuffisante) ou une lacune de décodage (une identification incorrecte à la suite de l’absence de connaissance du destinataire). On peut conclure que le traducteur aussi bien que le destinataire puisse avoir de mauvaises interprétations en ce qui concerne le transfert d’un message. (Svane 2002 : 65).
Les lecteurs cibles
Quand un texte a été traduit, la distance entre l’écrivain et le lecteur augmente en raison des différences culturelles qui peuvent constituer un obstacle majeur (Svane, 2002 : 12). La Convention décrit un phénomène culturel, « le repas gastronomique », qui a de nombreux points communs dans la culture française et suédoise. Les Français et les Suédois célèbrent les événements importants de la vie, par exemple le mariage, mais la conception du repas est fondée sur diverses traditions, rites et l’histoire de leurs pays respectifs. Selon Svane, le traducteur doit déterminer combien de la base de connaissances fait défaut chez les lecteurs cibles et la quantité de matériel linguistique qui ne peut pas être transférée directement dans la langue cible (2002 : 75). Il est pourtant impossible de prédire la connaissance de la culture française ainsi que le niveau d’éducation de tous les lecteurs cibles comme il est stipulé dans le texte de l’Unesco. Ceci est soutenu par Juhani Härmä (Professeur de philologie romane à l’Université d’Helsinki) qui constate ; « Il est évidemment impossible d’essayer d’estimer les connaissances culturelles d’un lecteur hypothétique, puisqu’il n’y a pas de lecteur-type évident » (Svane et Nøjgaard, 2007 : 317). Cela est vrai dans la plupart des situations de traduction, sauf si le public cible n’est pas fixe et définie à l’avance. En fin de compte, ce sont les lecteurs du TS qui font leurs propres associations et créent leurs propres images du TC. La seule chose que le traducteur peut faire est, dans la mesure du possible, d’essayer d’amener le lecteur aux mêmes zones de référence que le TS.
Les deux personnes nées en Suède (voir la bibliographie) qui ont lu le TC, pensent qu’il est compréhensible et ils n’ont pas de questions concernant le contenu culturel.
Analyse
Adaptation
L’adaptation « s’applique à des cas où la situation à laquelle le message se réfère n’existe pas dans LA (Langue d’arrivé), et doit être créée par rapport à une autre situation que l’on juge équivalente » (Vinay & Darbelnet, 1958 : 52).
«Terroirs »
(76) Le repas gastronomique utilise de préférence des denrées issues de la tradition des « terroirs » (par exemple en provenance des marchés) qui ont une haute valeur culturelle.
L’expression « terroir » signifie une « région rurale, provinciale, considérée comme influant sur ses habitants » (Le Petit Robert, 1993 : 2238). Comme nous avons mentionné en parlant de la difficulté de la référence culturelle dans le chapitre 3.2 ci-dessus, il est impossible de traduire cette notion en un seul mot suédois. « Une étude menée en 1995 auprès de 1 000 consommateurs a montré que « les produits du terroir étaient chargés d’une connotation très affective mélangeant tradition et idéalisation du passé, en plus du plaisir et de la convivialité »3. La vision du concept de « terroir » selon l’Unesco et la plateforme internationale, Planète Terroirs (un mouvement en marche initié par Terroirs & Cultures International et par l’Unesco. Voir la bibliographie) :
[…] un espace géographique délimité défini à partir d’une communauté humaine qui construit au cours de son histoire un ensemble de traits culturels distinctifs, de savoirs, et de pratiques fondés sur un système d’interactions entre le milieu naturel et les facteurs humains. Ces interactions ont donné lieu à des savoir-faire, des connaissances, des expressions culturelles spécifiques et ancrées territorialement. C’est justement en valorisant ces spécificités territoriales, en les connectant à des biens et des services (produits, artisanat tourisme, etc.) que ces territoires ont su construire un équilibre entre des objectifs a priori contradictoires : développement économique et social, conservation de la diversité culturelle, préservation des ressources naturelles.
En Suède, un manifeste appelé Secrets of the Swedish terroir (Gastronomi Sverige, voir la bibliographie) a été établi par les chefs les plus célèbres du pays. Le manifeste permettra de consolider la culture de la cuisine suédoise dans la société comme suit: « l’étude de notre environnement, notre patrimoine alimentaire, nos ingrédients uniques et le savoir-faire gastronomique suédoise ». Il est intéressant de constater qu’on a choisi d’utiliser la notion de « terroir », mais dans une expression anglaise. La question est de savoir si les auteurs de la page Internet estiment que le terme est communément connu pour les lecteurs cibles ou s’ils tiennent à souligner que tout cela est à propos de la gastronomie à un niveau élevé ? Dans la traduction anglaise, on trouve l’adaptation « local food products » (« produits alimentaires locaux »).
Preferably, local food products (nous soulignons) available at markets are used for the gastronomic meal since they have a high cultural value (Convention for the Safeguarding of the Intangible Cultural Heritage 2010: 6).
Dans notre traduction, nous avons choisi d’utiliser l’expression « matvaror med regional förankring » (denrées alimentaires régionales), car cette expression a une connotation plus large que « locale ». C’est-à-dire que le marché local peut vendre des produits des autres régions. Bien que ce terme ne comprenne pas toutes les références culturelles contenues dans « terroirs », voir la définition ci-dessus, le terme fonctionne dans un environnement culturel suédois. En Suède, on n’a pas la même conscience des différentes provinces / régions de cultures gastronomiques qu’en France (Bourgogne, Champagne etc.). Il est bien connu que, par exemple dans le Nord, on mange beaucoup de gibier et de baies sauvages tels que le chicouté et que le poisson est typique pour la côte Ouest. Cependant, il n’est pas certain que certains plats préparés sont connus ou ce qui est classé comme l’aspect le plus caractéristique d’une région en particulier. En outre, les auteurs du TS ont mis « terroirs » entre guillemets ce que nous avons choisi d’omettre dans le texte cible. Peut-être qu’ils l’ont fait, étant donné que le concept est si vaste. Dans la traduction par contre, il ne servirait à rien de mettre « regional » (regional) entre parenthèses parce que le public cible ne comprendrait pas pourquoi.
Dans l’exemple (76) on a également mentionné les marchés français où on peut acheter des produits frais directement aux producteurs. Cela est difficile à transmettre à une situation suédoise, car on n’achète plus les aliments aux marchés dans la même mesure qu’en France. La connotation est différente en suédois ; « marknader » (des marchés) peut également se référer à d’autres types de marchés, comme par exemple les marchés aux puces (loppmarknader). Dans un contexte suédois, il faut donc ajouter une détermination au substantif pour préciser le type de marché. Quand il s’agit du repas gastronomique, il faut traduire « marchés » par « matmarknader » bien que le lecteur cible puisse inférer quel est le marché concerné.
L’art de la bonne chère
Les équivalences sont souvent figées et représentent des clichés, des proverbes, des locutions substantivales ou adjectivales (Vinay & Darbelnet, 1958 : 52). Pourtant, l’idiome (7) la bonne chère n’a pas d’équivalent suédois. Dans la traduction anglaise de la CN on a choisi de ne pas traduire l’idiome, mais nous pensons que cette expression mérite au moins une explication. Selon une informante française, « La bonne chère n’est pas seulement le partage d’un repas gargantuesque mais aussi, une convivialité autour de cette table – c’est la notion de chérir les plats et les convier ». Cette explication implique beaucoup plus que juste « god mat » (bonne nourriture) qui est la traduction suédoise du dictionnaire, mais nous avons quand même choisi cette traduction, car il n’y a pas un idiome équivalent en suédois. La question est de savoir si cette traduction littérale peut néanmoins être considérée comme équivalente puisque le sens métonymique semble être « mort » ? Cet idiome est encore discuté dans la section « Métonymie » ci-dessous.
Dans le TS, on parle en outre de (6) « l’art de la bonne chère ». Il y a donc une approche esthétique de la préparation des aliments et la façon dont on en profite ensuite. Cette expression est mise, cependant, entre guillemets, comme cet « art » n’est pas vraiment approuvé ou peut être appelé « art ». Même dans la phrase suivante on le fait :
(19) « l’art de bien manger et de bien boire »
Bien que nous croyions que ces citations ne sont pas vraiment nécessaires, nous avons choisi de les utiliser dans le TC.
Complément de texte
Ingo explique que « lorsque les langues de traduction représentent diverses sphères culturelles, il peut souvent être nécessaire de compléter ou par injection d’ensemble de base expliquer les phénomènes, les mots ou expressions qui apparaissent dans le texte original » (2007 : 134).
« Autres noms »
Brynja Svane présente une typologie où elle établit une distinction entre les noms propres (des expressions référentielles dénominatives) et appellatifs (des expressions référentielles descriptives). Les organisations et institutions appartiennent au groupe des noms propres et elles sont classées dans « Autres noms » (Svane, 2002 : 90). Elle explique que les abréviations ont souvent des équivalences dans la langue cible : L’OTAN (français) → NATO (suédois).
Mais quelle stratégie utilise le traducteur lorsqu’il n’y a pas une équivalence ? Svane dit que cela dépend de l’interaction entre le type de texte et le but de la traduction.
La Mission Française du Patrimoine et des Cultures Alimentaires(MFPCA)
Il y a dans le TS des organismes qui manquent d’équivalence en suédois :
Cet organisme a été créé en 2008 pour sauvegarder ce patrimoine. Il y a un projet suédois appelé Sverige– det nya matlandet (La Suède – la nouvelle nation culinaire5 (notre traduction)) qui est ancré au niveau du gouvernement, mais il est destiné principalement au tourisme, à l’étiquetage des aliments, à la nourriture publique (à l’école par exemple), à la production primaire, aux aliments transformés, au commerce et aux restaurants. L’objectif n’est pas pourtant de sauvegarder les rites et les traditions du repas gastronomique suédois même s’il peut être implicite. Ainsi, il ne suffirait pas de donner des connotations directes pour le public cible si l’on utilisait le nom du projet et puis l’abréviation « SNM » (Sverige – det nya matlandet) par exemple. Le repas gastronomique suédois n’a pas non plus été inscrit sur la liste immatérielle de sorte que la relation entre l’inscription et le fait que MFPCA travaille pour maintenir l’état de l’élément n’existe pas dans la culture cible ; c’est la raison pour laquelle une adaptation n’est pas possible. Dans la traduction anglaise, on n’a pas traduit les mots français constituant la dénomination de cet organisme et on a, aussi, ajouté la remarque « pas officiellement traduit » (page 7). De plus, l’article défini anglais « the » (la) est placé devant le nom.
« Gourmand/e »
En France, toutes les « fêtes gourmandes » […] s’accompagnent systématiquement d’un repas gastronomique qui réunit l’ensemble des organisateurs et des participants.
On ne peut pas traduire « fêtes gourmandes » par « gourmandfester », car la signification du mot gourmand c’est quelqu’un qui mange beaucoup, plutôt un « glouton ». Donc, « gourmetfester » (« fêtes gourmets ») fonctionne dans un contexte suédois. Nous pouvons ainsi constater que les termes gastronomique, gourmand et gourmet sont dérivés du français (d’origine grecque), mais ont cependant d’autres significations lorsqu’ils sont utilisés en suédois.
Mariage et marier (des mets et des vins)
Le sens original, un mariage entre deux personnes, a été déplacé pour symboliser l’union entre le met et le vin. En examinant deux sites Internet suédois qui traitent de la nourriture et du vin, on trouve que le mot « giftermål » (mariage10) est utilisé :
(Notre traduction : Hallbus Vin a dégusté un certain nombre de vins de Pinot Noir de Bourgogne, et avec ces vins, nous avons mangé le confit de canard, un autre mariage entre le vin et la nourriture qui soulève la combinaison à des niveaux inimaginables, une adéquation idéale) Il est impossible de déterminer si ces pages sont linguistiquement fiables, mais le fait est que le terme est également utilisé en suédois. Il est à noter que dans un article sur le site de TV4 le mot « giftermål » (mariage) est mis entre guillemets.
Métonymie
L’idiome « La bonne chère »
Dans ce mémoire nous avons examiné des exemples métonymiques, car ils ont souvent une origine historique et culturellement spécifique qui peut être difficile à transférer à la langue cible. Kathryn Allen prétend que « Many of the metaphors pervasive in everyday language are products of their time, and cannot therefore be accounted for without reference to culture » (Allen, 2006: 175). Par conséquent, nous croyons que les expressions figuratives trouvées dans le TS sont intéressantes à explorer par rapport à un contexte culturel. La définition de la métonymie est la suivante : « un procédé de langage par lequel on exprime un concept au moyen d’un terme désignant un autre concept qui, lui, est uni par une relation nécessaire (la cause pour l’effet, le contenant pour le contenu, le signe pour la chose signifiée). Par exemple, « boire un verre (le contenu), ameuter la ville (les habitants) ». (Le Petit Robert, 1993 : 1397). Peut-on aller jusqu’à prétendre que la métonymie dans les cas suivants implique un changement de sens lexical en un concept culturel, c’est-à-dire, la façon dont on se rattache au repas gastronomique et les rites et les traditions qui l’entourent. Allen dit qu’en étudiant l’origine d’une métaphore, on peut saisir comment elle se produit et de quelle manière les influences culturelles et linguistiques peuvent affecter le processus métaphorique (Stefanowitsch & Gries, 2006: 175). Si nous revenons à l’idiome (6) la bonne chère, l’aspect historique trouvé dans l’expression française n’existe pas en suédois ; « god mat, det goda köket » (bonne nourriture, la bonne cuisine).
Si le rapport entre SÉ1 et SÉ2 est d’ordre analogique dans la métaphore, le rapport entre les deux est d’ordre logique dans métonymie et synecdoque. En effet, la métonymie repose sur un transfert d’ordre logique, qu’on nomme association par proximité, contiguïté […] entre SÉ1 et SÉ2. La métonymie peut donc s’appuyer sur une relation de voisinage entre les référents » (Cobo, 2009 : 16).
Cette relation de voisinage n’existe pas dans « god mat ». Le mot chère19 vient du latin cara, « visage ». Alors, le visage est une partie du corps qui a eu un sens important dans l’histoire française quant à la façon de manger. Le rite de manger n’incluait pas seulement un bon repas mais aussi un bon accueil, c’est-à-dire d’être accueilli par quelqu’un qui montre avec le visage que vous êtes bienvenu.
The most common sources of metaphors derive from the ‘basic domain of experience,’ meaning natural types of experience. These typically involve our bodies, our interactions with our physical environment and our interaction with other people in our culture ». Of these basic domains, « the human body is consistently the most frequent source, according to an analysis of figurative language over three centuries (Mol, 2003: 88).
Faire bon visage à qqn (‘ta väl emot’-bien accueillir/ ‘vara vänlig mot någon’-être gentil avec quelqu’un), le visage reste dans l’expression métonymique tandis que dans la traduction suédoise elle ne contient pas de partie de corps. Est-il donc nécessaire que le traducteur transfère le sens de cette expression au texte cible ? Le texte de l’Unesco a pour but d’expliquer un phénomène culturel, c’est-à-dire le repas gastronomique français, et peut-être est-il plus important d’essayer de transférer le sens étymologique dans une telle situation. En même temps, « the principal function of metaphor is to facilitate understanding, metonymy primarily has a referential function which is conventionally expressed as ’stand for’ relationship » (Mol, 2003: 89). Elle fait également référence à d’autres linguistes qui ont étudié le sujet : Lakoff and Johnson (1980 :36), de Mendoza Ibañez (2000 : 113) et Barcelona (200 : 32-33).
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Table des matières
1. INTRODUCTION
1.1 But
1.2 Délimitation de l’étude
1.3 Abréviations employées
1.4 Méthode et matériaux
1.5 Texte source
1.6 Méthode
2. POINTS DE DÉPART THÉORIQUES
2.1 Stratégies de traduction
2.2 Référence et communication
2.3 Lecteurs cibles
3. ANALYSE
3.1 Adaptation
3.1.2 « Terroir »
3.1.3 « Le repas des anciens »
3.2 Équivalence
3.2.1 « L’art de la bonne chère »
3.3 Complément du texte
3.3.1 « Autres noms »
3.3.2 La Mission Française du Patrimoine et des Cultures Alimentaires(MFPCA)
3.3.3 Le Sénat
3.4 « Gastronomique »
3.4.1 « Gourmand »
3.4.2 « Mariage et marier » (des mets et des vins)
4. Métonymie
4.1 L’idiome « La bonne chère »
4.2 « Gourmand/e »
5. Genre du texte
6. CONCLUSION
7. BIBLIOGRAPHIE
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