Tout au long de sa vie, une personne prend de nombreuses décisions qui exigent des ressources financières : financement d’études universitaires, utilisation de cartes de paiement, achat d’une voiture à crédit, investissements, souscription d’une hypothèque, souscription d’assurances, épargne retraite… Le choix de la méthode de procurer des ressources financières ou la manière d’en dépenser requiert une culture financière lui permettant de prendre les décisions les plus optimales.
La culture financière consiste en un ensemble de compétences et de connaissances que les gens peuvent acquérir afin de gérer leur argent et de développer leurs actifs. Cela signifie comprendre comment l’argent fonctionne dans une communauté et prendre de bonnes décisions sur la façon de gérer son argent.
Cadre conceptuel de l’éducation financière
Les définitions de l’éducation financière
L’éducation financière ou la littérature financière a fait l’objet de plusieurs définitions souvent complémentaires et/ou contradictoires.
Pour Mason et Wilson , Le concept de l’éducation financière se définit comme un assemblage d’expériences, des ressources, des technologies et des connaissances qui permettent aux individus de prendre des décisions financières.
Beal et Delpachitra abordent dans le même sens et définissent que l’éducation financière est la capacité d’un individu à :
• Comprendre les concepts liés à la gestion de l’argent ;
• Avoir une connaissance pratique des organismes financiers, des systèmes, services et produits ;
• Détenir un ensemble de compétences analytiques en matière de finances personnelles.
Au-delà de ces définitions quelques peu générales, il existe d’autres qui offrent un aperçu sur la manière dont le concept peut être mesuré. Les cinq définitions ci-dessous ont été préalablement choisies sur la base des deux critères suivants :
• L’émergence du caractère multidimensionnel.
• La facilité d’opérationnaliser le construit d’éducation financière.
Pour Vitt et al., , l’éducation financière est la capacité personnelle à lire, analyser, gérer et communiquer sur les conditions financières individuelles qui affectent le bien-être matériel… La possibilité d’opérer des choix financiers, discuté des questions financières, de planifier pour l’avenir et répondre avec compétence aux événements de la vie.
L’organisation de coopération et de développement économiques(OCDE) définit cette dernière comme suit : « le processus par lequel des consommateurs améliorent leur connaissance des produits, concepts et risques financiers et acquièrent les compétences et la confiance nécessaires pour devenir plus sensibles aux risques et opportunités en matière financière, faire des choix raisonnés, savoir où trouver une assistance et prendre d’autres initiatives efficaces pour améliorer leur bien-être financier individuel » .
Selon l’OCDE, l’éducation financière devrait communiquer les contenus suivants :
L’individu doit apprendre à avoir une vision claire et organisée de ses finances personnelles. A cet égard, il doit être capable de procéder à des démarches administratives, effectuer des transactions financières en toute sécurité, et pouvoir déterminer quels sont ses revenus et ses dépenses afin de pouvoir déterminer ses besoins financiers à venir .
L’éducation financière passe également par l’éducation à la consommation, c’est-à-dire la capacité de faire des choix en tenant compte de son budget. Décoder la publicité, mesurer la valeur/le prix des produits qui fait partie d’une gestion responsable de ses finances personnelles .
L’éducation financière vise à établir de bonnes pratiques dans la gestion quotidienne de ses finances, en abordant comment gérer un budget, épargner, emprunter, ou s’assurer .
La gestion des risques est devenue une notion centrale dans le rapport des individus avec leur argent. Il s’agit bien plus que des risques inhérents aux produits de placement : les individus doivent être capables de mesurer les risques de certains comportements face à l’argent, savoir lire un contrat ou encore comprendre que des données financières personnelles doivent être communiquées avec prudence .
La compréhension de concepts financiers de base comme le mécanisme de l’inflation, ou la gestion du budget national font partie intégrante de l’éducation financière.
Les fondements théoriques de l’éducation financière
Bien que le concept moderne de l’éducation financière semble relativement récent chez les économistes, l’idée de familiariser les individus à l’épargne, notamment aux plus jeunes âges, est très ancienne. Ainsi, des « banques d’épargne scolaire » (school saving banks) sont présentes dans de nombreux pays dès le début du XXème siècle . Mais c’est sans doute au début des années 2000, dans un contexte propice aux politiques de «promotion de l’individu » que ce l’on entend aujourd’hui comme « éducation financière » apparaît véritablement, notamment avec le lancement du programme « Financial Literacy» de l’OCDE.
Pour situer le rôle de l’éducation financière dans la prise de décision financière des individus et leur impéritie éventuelle, il est nécessaire de la replacer dans le cadre de la théorie « standard » de l’épargnant. Cette théorie repose sur une double rationalité : une rationalité décisionnelle basée sur la maximisation d’une fonction d’utilité et celle des anticipations où les croyances des agents économiques, basées sur l’ensemble de l’information disponible, sont censées représenter correctement les incertitudes futures. Ainsi le modèle le plus couramment admis dans la profession, l’hypothèse du cycle de vie, postule que les individus adoptent un comportement prospectif et temporellement cohérent et consomment selon leurs préférences et leurs ressources globales tout au long de leur vie . Le patrimoine, réserve de consommation différée, permet alors à l’individu de lisser sa consommation sur son cycle de vie en fonction de son profil de revenus (revenu permanent). Pour expliquer la composition de ce patrimoine au cours du temps, il faut coupler ce modèle à la théorie des choix de portefeuille optimaux d’Arrow . Différentes extensions (imperfection des marchés, prise en compte de divers risques, transmissions intergénérationnelles) ont permis aussi d’enrichir le message initial du modèle de base : épargne et portefeuille de précaution , contrainte de liquidité , etc.
Cette théorie standard postule donc, que pour prendre leurs décisions, les individus connaissent certains principes financiers, notamment pour déterminer leurs contraintes, comme l’actualisation, l’inflation ou les calculs d’intérêts et qu’ils disposent d’une certaine information sur l’environnement financier et économique. Les programmes de recherche de l’économie psychologique portant sur l’information, la Financial literacy tendent à montrer que tel n’est pas le cas .
Ainsi les épargnants souffriraient d’un manque d’éducation financière ou de capacités cognitives limitées . Ils ne maîtriseraient pas les principes économiques requis (calcul du taux d’actualisation, valorisation des actifs, etc.), ou pâtiraient d’une connaissance insuffisante des produits financiers ou de l’environnement économique (taux d’intérêt, marchés boursiers, système de retraite, etc.). Ils commettraient des « erreurs » de tous ordres, de calcul, de stratégie, mais aussi d’anticipation dans le recueil et le traitement de l’information.
Les mesures de l’éducation financière
L’éducation financière est un concept difficile à quantifier. Les études antérieures consacrées à la mesure de ce concept l’ont plus appréhendé comme un concept unidimensionnel .La synthèse effectuée à partir des études empiriques et théoriques fait ressortir cinq dimensions : psychologique, financière, économique, cognitive et morale . Dans cette partie, on donne de plus amples informations sur les dimensions ainsi que sur certains attributs qui sont sensés les caractérisées.
La dimension psychologique de l’éducation financière
Se rapporte à toutes les circonstances et comportements qui entourent la consommation des produits et services financiers . L’éducation financière dans sa connotation psychologique est conçue comme un régulateur des comportements humains. Elle permet ainsi aux ménages de s’abstenir des comportements incohérents et/ou irrationnels tels que le manque de maîtrise de soi, l’endettement excessif, les aspirations financières illimitées, l’impulsion au moment des achats, etc. . Dans cette perspective, l’éducation financière permet ainsi aux ménages d’améliorer la prise de décision en matière financière. Elle permet aussi aux ménages de minimiser leurs émotions et impulsions face aux produits financiers et les amène à compter sur eux-mêmes et aspirer ainsi à une indépendance financière raisonnable. Elle permet aussi aux ménages de prendre de bonnes décisions financières et d’adopter des attitudes et comportements financiers rationnels .
La dimension psychologique de l’éducation financière a pour objectifs :
• Améliore la prise des décisions financières et modifie les comportements et attitudes financiers ;
• Minimise le pouvoir émotionnel dans les transactions financières interpersonnelles ;
• Relie les traits de personnalité positifs à des comportements financiers positifs ;
• Prône l’indépendance financière et économique .
La dimension financière de l’éducation financière
La dimension financière est celle qui est la mieux documentée dans la littérature. Presque tous les instruments de mesure existant à ce jour se sont focalisés exclusivement à cette dimension .La dimension financière se rapporte à la fois à la capacité des ménages à élaborer des budgets, à maitriser les concepts financiers de base, à éviter le surendettement et à s’assurer d’une bonne gestion de leurs ressources financières . Cette dimension traduit donc la capacité des ménages à calculer le taux d’intérêt, à définir l’inflation et à diversifier leurs portefeuilles d’investissement . La dimension financière rend enfin compte de la capacité des ménages à planifier leurs dépenses et de s’abstenir de toutes dépenses imprévues .
La dimension financière de l’éducation financière a pour objectifs :
• Apprends aux individus et aux ménages à élaborer des budgets à calculer le taux d’intérêt, à maitriser les mécanismes de l’inflation et de la diversification des risques ;
• Permet de fixer les objectifs financiers dans le temps ;
• Favorise l’utilisation des services financiers formels : épargne, crédit, etc. ;
• Contribue à une bonne gestion du crédit et lutte contre le surendettement ;
• Permet de connaître ses droits et devoirs en tant que consommateurs des services financiers.
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Table des matières
Introduction générale
Chapitre I : Fondements théoriques de l’éducation financière
Introduction
Section 01 : Cadre conceptuel de l’éducation financière
1.1 Les définitions de l’éducation financière
1.2 Les fondements théoriques de l’éducation financière
1.3 Les mesures de l’éducation financière
1.3.1 La dimension psychologique de l’éducation financière
1.3.2 La dimension financière de l’éducation financière
1.3.3 La dimension économique de l’éducation financière
1.3.4 La dimension cognitive de l’éducation financière
1.3.5 La dimension morale de l’éducation financière
Section 02 : Les groupes ciblés par l’éducation financière
2.1. Les élèves de l’enseignement fondamental et secondaire
2.2. Les jeunes sortant de l’école (étudiants et professionnels/actifs)
2.3. Les adultes
2.4. Les analphabètes
2.5. Les migrants
2.6. Micro, très petites, petites et moyennes entreprises
Section 03 : L’importance, les limites et le poids de l’éducation financière au niveau international
3.1. L’éducation financière au niveau international
3.2. L’importance de l’éducation financière
3.3. Les limites de l’éducation financière
Conclusion
CHAPITRE II : L’éducation financière dans le monde
Introduction
Section01 : L’éducation financière dans les pays développés
1.1 L’Allemagne
1.2 L’Irlande
1.3 Les Etats Unis
1.4 La France
Section 02 : L’éducation financière dans les pays en développement
2.1. Côte d’Ivoire
2.2. Le Maroc
2.3. La Tunisie
Conclusion
CHAPITRE III: L’éducation financière auprès des étudiants de la faculté SEGC de l’université de Bejaia
Introduction
Section 01 : Présentation et déroulement de l’enquête
1.1 La réalisation et l’objectif du questionnaire
1.2 L’échantillon et la méthode de l’enquête
1.3 Les difficultés rencontrées lors de la réalisation de l’enquête
Section 02 : Analyse et interprétation des résultats
2.1. Caractéristiques générales de l’échantillon
2.2. Taux de bonnes réponses des étudiants
2.2.1. Pour les questions relatives aux notions de base de la littérature financière
2.2.2. Pour les questions relatives à la connaissance des actifs financiers
2.2.3. Pour les questions relatives à la notion de diversification et du risque
2.3. Le croisement de taux de bonnes réponses par rapport à la filière d’obtention du bac
2.3.1. Les notions de base de la finance *la filière d’obtention du bac
2.3.2. La connaissance des actifs financiers*la filière d’obtention du bac
2.3.3. La notion de diversification et du risque*la filière d’obtention du bac
2.3.4. Taux de bonnes réponses générales en fonction de la filière d’obtention du bac
2.4. Le croisement de taux de bonnes réponses par rapport au niveau d’études actue
2.4.1. Les notions de base de la finance *Le niveau d’étude actuel
2.4.2. La connaissance des actifs financiers traditionnels *Le niveau d’étude actuel
2.4.3. La notion de diversification et du risque *Le niveau d’étude actuel
2.4.4. Taux de bonnes réponses générales en fonction du niveau d’étude actuel
Conclusion
Conclusion générale
