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Topographie d’un réseau aluminoborosilicaté
Verres silicatés et environnements du silicium
L’étude de la structure et des mécanismes en jeu au sein de matrices vitreuses com-plexes est un processus délicat dont la difficulté croît fortement avec le nombre d’éléments les composant. Leur compréhension passe donc nécessairement par l’étude de systèmes simples afin d’appréhender une à une les modifications structurales engendrées à chaque ajout élémentaire, fonction de la nature et de la quantité de l’élément introduit.
Dans le cas des verres silicatés, la silice amorphe SiO2 représente de facto le système le plus simple : il s’agit d’un réseau tridimensionnel continu de tétraèdres de silicium connectés les uns aux autres par leurs sommets, conformément aux hypothèses énoncées par Zachariasen2,16 (Figure 1.2). Ce réseau hautement polymérisé d’unités Q4 se traduit entre autres par une température de fusion et une viscosité élevées, rendant son élaboration relativement difficile. Face à cet écueil, l’ajout (entre autres) de cations modificateurs de réseau (e.g. Na, Ca, etc.) permet notamment d’abaisser substantiellement la température de fusion du matériau.
Les verres binaires à base de ces éléments (Na, Ca, etc.), aussi appelés fondants, et de silice (e.g. sodo-silicatés) demeurent parmi les plus étudiés encore aujourd’hui. D’un point de vue structural, l’ajout d’un cation modificateur entraîne une dépolymérisation du réseau par rupture de liaisons Si–O–Si accompagnée de la formation de NBO. Le nombre de NBO associés dépend de la valence du cation introduit : un ion sodium Na+ générera un NBO tandis qu’un ion calcium Ca2+ en générera deux. Dès lors, tandis que la silice vitreuse pure ne possède que des entités Q4, i.e. connectées à quatre oxygènes pontants, les verres sodo-silicatés se composent d’unités progressivement moins polymérisées Q3 et Q2, i.e. avec 3 BO + 1 NBO et 2 BO + 2 NBO respectivement.
Effet de l’aluminium dans les verres aluminosilicatés
L’introduction d’aluminium Al3+ dans un réseau silicaté peut entraîner différentes modifications structurales en fonction de la coordinence qu’il adopte. Sous forme d’uni-tés AlO6, l’aluminium est considéré comme modificateur de réseau1,12,60. En revanche, en présence de modificateurs de réseau comme le sodium, l’aluminium adopte progressive-ment une forme tétraédrique AlO4 12,50 et est alors considéré comme formateur de réseau. Cette configuration est possible car l’unité AlO4 présente une charge globale négative compensée par la charge positive d’un ion comme le sodium Na+. Dès lors, le sodium présent ne génère plus de NBO et le réseau devient plus réticulé. Cette dualité de com-portement définit l’aluminium comme un cation intermédiaire. Il est également possible de trouver de l’aluminium pentaédrique AlO5 mais son rôle dans les verres est encore ma connu12,14,61–63.
Comme introduit précédemment, la présence d’aluminium dans les verres peut modifier le signal du déplacement chimique du 29Si en RMN, et donc des unités Qn du silicium, comme indiqué dans la figure ci-après64. Bien que permettant d’identifier les interactions Si–O–Al ou Al–O–Al59,61,65 au sein des verres, la RMN de 17O ne permet pas de résoudre les interactions des différents Qn.
Enfin, la présence de plusieurs cations potentiellement compensateurs de l’aluminium, comme Na et Ca ou encore Na et Mg, pose nécessairement la question de la priorité de compensation de charges des unités AlO4. Il a été montré à plusieurs reprises que le so-dium manifeste une affinité à compenser l’aluminium plus importante que le calcium62,66
Verres borosilicatés et aluminoborosilicatés
Un verre borosilicaté ne peut être homogène s’il n’est composé que de SiO2 et B2O3 : on parle d’immiscibilité. Il est donc nécessaire d’ajouter des modificateurs de réseau dans certaines proportions pour permettre la synthèse d’un verre homogène. Sous sa forme d’oxyde, le bore forme des unités trigonales BO3 planes, avec notamment l’apparition de regroupement de type B3O6 sous forme d’anneaux, appelés boroxols. En présence d’un alcalin dans son voisinage proche, le bore adopte une forme tétraédrique BO4, tridi-mensionnelle, augmentant la rigidité du réseau. Le pourcentage de BO4 va partiellement dépendre de la nature de l’alcalin, mais également de la quantité introduite69. La propor-tion d’unités trigonales et tétraédriques est aisément quantifiable par RMN de 11B, pour laquelle chacune de ces espèces possède un signal distinct, centré respectivement autour de 10 ppm et 0 ppm9. Dans le cas de verres borosilicatés, lorsqu’une analyse plus fine est effectuée, il est généralement admis que chacun de ces deux signaux résulte de la somme de deux contributions principales. Sont ainsi distingués pour les unités trigonales du bore le regroupement en anneaux de type boroxols B3O3 d’une part, contribution dite BO3 ring, et la distribution des atomes de bore au sein du réseau silicaté, dite BO3 non-ring 9. Dans le cas du bore tétraédrique, on considère deux contributions majoritaires dépendantes de la nature des seconds voisins du bore, à savoir avec quatre seconds voisins silicium aux environ de -2 ou -3 ppm (-1,9 ppm pour la reedmergnerite70) pour la première, et un bore et trois atomes de silicium pour la seconde, située autour de 0 ppm (0,7 ppm pour la danburite70). De façon générale, la substitution d’un silicium par un bore supplémentaire entraîne une augmentation du déplacement chimique de 2 à 3 ppm.
En se basant sur un certain nombre de mesures RMN, les travaux menés par Bray et al.5,6,8 ont abouti à un modèle permettant de décrire la structure de verres borosilicatés simples en fonction de leur composition, et ainsi de prédire leur proportion de bore triet tétraédrique. Sont ainsi définis deux paramètres R et K tels que : = [Na2O][B2O3]= [SiO2] [B2O3]
Fonction de distribution radiale
Facteur de structure
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Table des matières
Introduction
1 État de l’art
1.1 Structure des verres silicatés
1.1.1 Généralités
1.1.2 Topographie d’un réseau aluminoborosilicaté
1.1.2.1 Verres silicatés et environnements du silicium
1.1.2.2 Effet de l’aluminium dans les verres aluminosilicatés
1.1.2.3 Verres borosilicatés et aluminoborosilicatés
1.1.2.4 Et le magnésium dans tout ça ?
1.2 Apport de la dynamique moléculaire
1.2.1 Principe
1.2.2 Paramètres
1.2.2.1 Ensembles thermodynamiques
1.2.2.2 Potentiels interatomiques
1.2.2.3 Autres paramètres clés et limitations
1.2.3 Outils et applications
1.2.3.1 Fonction de distribution de paire
1.2.3.2 Fonction de distribution radiale
1.2.3.3 Facteur de structure
1.2.3.4 Taille d’anneaux
1.2.4 Modèle de contraintes topologiques
1.2.4.1 Théorie de la rigidité
1.2.4.2 Dénombrement des contraintes
1.2.4.3 Exemples d’applications
1.3 Phénoménologie de l’altération de verres borosilicatés
1.3.1 Mécanismes d’altération des verres
1.3.1.1 Interdiffusion
1.3.1.2 Hydrolyse
1.3.1.3 Formation du gel et des phases secondaires
1.3.2 Cinétiques d’altération
1.3.2.1 Coefficient d’interdiffusion
1.3.2.2 Vitesse initiale
1.3.2.3 Chute de vitesse, vitesse résiduelle et reprise d’altération
1.3.3 Paramètres influençant la vitesse initiale
1.3.3.1 Paramètres intrinsèques
1.3.3.2 Paramètres extrinsèques
1.3.3.3 Et le magnésium dans tout ça ? (bis)
2 Plan d’action
2.1 Choix des compositions d’étude
2.1.1 Formulation
2.1.2 Élaboration
2.1.3 Préparation des échantillons
2.2 Caractérisations structurales
2.3 Expériences de lixiviation
3 Étude structurale par RMN du solide et spectroscopie Raman
3.1 Résumé du chapitre
3.2 Article : Impact of Magnesium on the Structure of Aluminoborosilicate
Glasses: A Solid-State NMR and Raman Spectroscopy Study
Abstract
3.2.1. Introduction
3.2.2. Materials and methods
3.2.2.1. Glass synthesis and composition analysis
3.2.2.2. Structural characterization
3.2.3. Results
3.2.3.1. Solid-state NMR
3.2.3.2. Raman spectroscopy
3.2.4. Discussion
3.2.4.1. Impact of magnesium on the structure
3.2.4.2. Magnesium environment in the studied glasses
3.2.5. Conclusion
References
4 Étude structurale par DM classique et diffraction de neutrons
4.1 Résumé du chapitre
4.2 Article : Influence of Magnesium on the Structure of Complex Multicomponent Silicates : Insight from Molecular Simulations and Neutron Scattering Experiments
Abstract
4.2.1. Introduction
4.2.2. Methods
4.2.2.1. Glass composition
4.2.2.2. Simulation methods
4.2.2.3. Neutron diffraction experiments
4.2.3. Results
4.2.3.1. Neutron scattering and comparison with MD
4.2.3.2. Structural contributions from MD
4.2.4. Discussion
4.2.4.1. Accuracy of the simulated systems
4.2.4.2. Magnesium environment and medium-range order
4.2.5. Conclusion
References
5 Altération de verres magnésiens : liens structure–composition–propriétés
5.1 Résumé du chapitre
5.2 Article : Structure–property relationship and chemical durability of magnesium containing borosilicate glasses : insight from topological constraints
Abstract
5.2.1. Introduction
5.2.2. Results and discussion
5.2.2.1. Experimental results
5.2.2.2. TCT model and calculation
5.2.3. Materials and methods
5.2.3.1. Glasses composition
5.2.3.2. Glass alteration
5.2.3.3. Simulation methods
5.2.3.4. Topological constraints enumeration
References
Conclusion
Bibliographie
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