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Les modes de distribution
Traditionnellement, l’assurance a eu recours à des intermédiaires commissionnées pour la vente des produits d’assurance : les agents généraux et les courtiers en assurance. Ces derniers sont des professionnels de l’assurance, mandatés par les sociétés d’assurance48, rémunérés à la commission, dont le rôle principal est de conseiller leurs clients en fonction de leurs besoins en assurance.
Cette tradition est cependant aujourd’hui mise à mal alors que se sont développés, principalement à partir de la deuxième moitié du 20ème siècle, des modes de distribution plus directs : qui reposent sur le travail de salariés au sein de réseaux d’agences, bureaux, guichets et autres points d’accueil, ou, plus récemment, sur la gestion de contrats à distance, par internet ou par téléphone (ce que l’on appelle aussi « l’assurance directe », mais qui reste encore marginale aujourd’hui). L’enjeu de cette évolution était et reste aujourd’hui la recherche d’économie de coûts. Ce sont les MSI qui ont été les pionnières de ce mode de distribution, bouleversant ainsi le domaine de l’assurance automobile et de l’assurance dommages en général.49
Lors de leur création, les MSI ont en effet pu proposer, grâce aux économies réalisées par ce mode de distribution, auquel s’ajoutent une puissante solidarité entre elles, une gestion rigoureuse des risques, et, bien sûr, leur caractère non-lucratif, des tarifs en moyenne de 25% 30% des sociétés traditionnelles50, suscitant de violentes attaques de la part des assureurs traditionnels 51 , mais forçant finalement ces derniers à s’adapter à cette concurrence en réduisant leurs marges.52 Ainsi, mutualisme et distribution directe apparaissent liés et, réciproquement, capitalisme et intermédiation. Cependant, les mutuelles d’assurance françaises fondées au 19ème siècle reposaient largement sur le recours à ces intermédiaires, tandis que, très récemment, le souci de compétitivité des assureurs capitalistes les a conduit à concevoir et adopter, pour une partie de leur activité, de nouveaux modèles plus directs ou fondés sur des partenariats de distribution avec d’autres acteurs en dehors du champ de l’assurance53. De plus, l’arrivée des bancassureurs a également contribué à la montée en puissance de la distribution directe de produits d’assurance : les banques s’appuyant justement sur leur réseau étendu de points d’accueil et leur proximité de fait avec leur clientèle pour distribuer leurs produits à moindre coût54.
Dimensions et rapports de force
Le rôle de la puissance publique dans le rapport de force
Ce n’est finalement que très récemment que les assureurs mutualistes semblent retrouver un certain pouvoir de négociation auprès de la puissance publique, avec la réouverture, en mars 2013 au parlement européen, des discussions préalables à la création d’un statut de « mutuelle européenne ».
La logique de firme apparaît généralement comme corrolaire de la logique de marché, admettant toutes deux le principe d’environnement concurrentiel et de domination de marché. Intégrées ensemble on les retrouve notamment sous la dénomination de logique commerciale (e.g. Murray, 2010 ; Pache et Santos, à paraître).
Elles peuvent cependant diverger quand l’ambition de croissance va à l’encontre de la rationalité économique, c’est pourquoi il convient de les distinguer (voir en annexe 12, le mouvement de concentration et de croissance que le secteur de l’assurance connait depuis le milieu des années 1990 donne un exemple de cette divergence).
Par ailleurs, il nous semble que la recherche d’efficience au sein de la logique technique est à distinguer, sur le plan formel, de la recherche d’efficience dans une perspective de profit qui caractérise la logique de marché. En effet, le profit fait référence à un résultat, qui se juge par une mesure d’efficacité. En gestion, l’efficacité désigne l’écart entre l’objectif fixé et les résultats effectivement atteints. Certes, ces résultats rendent compte des moyens engagés en déduction des bénéfices dégagés mais ne s’y intéressent pas. C’est la mesure d’efficience qui permet de s’intéresser aux moyens mis en œuvre pour parvenir à ces résultats. Ainsi, par nature, dans la stricte recherche d’efficience, l’attention portera davantage sur un processus, tandis que dans la recherche de profit, l’attention sera mobilisée par une fin.
Tout comme la logique technique, la logique professionnelle se fonde sur l’expertise, alors associée à la réputation, comme l’illustre Thornton et al. (2005 : 133) : « Regulators recognizing the importance of reputation and expertise to profession building supported the development of audit procedures and accounting standards (Zeff, 2003a). »
Ainsi, les deux logiques sont souvent confondues dans la littérature et seulement considérées sous l’angle de la logique professionnelle. Pourtant, il convient selon nous de les distinguer. Pour cela, nous nous référons aux travaux de Porter (1995) et la distinction qu’il opère entre deux types d’expertise : l’expertise fondée sur l’expérience accumulée et l’expertise fondée sur un savoir-faire formalisé. L’expertise fondée sur l’experience accumulée renvoie à un système élitiste, opaque dans ses règles de fonctionnement, tandis que l’expertise fondée sur les savoirs formalisés renvoie davantage à un modèle démocratique où l’on s’efforce de clarifier les règles qui fondent l’expertise. Porter illustre cette distinction à travers les cas de deux professions : les actuaires en Grande Bretagne en 1950 et les comptables aux États-Unis dans les années 1930. Alors que l’une et l’autre traversent une crise de légitimité et font face à une demande d’objectivité de la part des gouvernements et de la société, les actuaires résistent et parviennent à conserver un modèle élitiste où le mode d’évolution est basé sur le consensus entre un petit nombre, tandis que les comptables cèdent aux exigences de transparence en construisant et rendant publics des outils de quantification et de mesure et en fixant des règles structurant désormais objectivement la discipline.
Dans ces cas, les actuaires incarnent la logique professionnelle tandis que les comptables incarnent la logique technique. Chez les premiers, les savoirs sont tacites, tandis qu’ils sont explicites – du moins explicités – chez les seconds. Ce processus d’explicitation des savoirs tacites, associé à une standardisation des pratiques dans l’organisation, est également décrit par Townley (2002) au niveau non pas d’une profession mais d’une organisation, au sein du département culturel du gouvernement de l’Alberta au Canada.
Illustrée ainsi, la logique professionnelle revêt un caractère traditionnel – voire conservateur – qui permet de comprendre pourquoi elle s’est vue progressivement supplantée par la logique de marché ou la logique de firme dans les organisations où elle dominait.
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Table des matières
Remerciements
Sommaire
Préambule
Introduction générale
Questions de recherche
Méthodologie de l’étude de cas
1 – 1. La Ma
1 – 2. La collecte des données
1 – 3. Le choix d’une étude de cas
Résumé de la thèse
Partie I. Du secteur de l’assurance à la société d’assurance mutuelle : mise en perspective des évolutions et des tensions
Introduction
Chapitre 1 – Le secteur de l’assurance
Introduction
1 – 1. Typologie
1 – 1. 1. Les acteurs
1 – 1. 2. Les secteurs de l’assurance
1 – 1. 3. Les modes de distribution
1 – 1. 4. Les types de cotisations
1 – 2. Dimensions et rapports de force
1 – 2. 1. Le rôle de la puissance publique dans le rapport de force
1 – 2. 2. Un marché très concentré dominé par quelques acteurs capitalistes
1 – 2. 3. Un marché dominé par l’assurance vie
1 – 2. 4. Mais un rapport de force à l’avantage des MSI sur le segment de l’assurance dommages
Conclusion
Chapitre 2 – Étude des modèles capitaliste et mutualiste de l’assurance
Introduction
2 – 1. Cadre conceptuel
2 – 1. 1. Modèles, archétypes organisationnels et logiques institutionnelles
2 – 1. 2. Typologie des logiques
2 – 1. Méthodologie
2 – 1. 1. Organisations étudiées
2 – 1. 2. Grille d’analyse
2 – 1. 3. Collecte et analyse des données
2 – 2. Résultats
2 – 2. 1. Système économique
2 – 2. 2. Source d’identité
2 – 2. 3. Source de légitimité
2 – 2. 4. Source d’autorité et mécanismes de gouvernance
2 – 2. 5. Base de la mission
2 – 2. 6. Base de l’attention
2 – 2. 7. Base de la stratégie et logique d’investissement
Conclusion
Discussion
Chapitre 3 – Histoire de la Ma
Introduction
3 – 1. De la naissance aux années 1990
3 – 1. 1. La genèse
3 – 1. 2. Croissance et expansion
3 – 1. 3. Conflit et lutte de pouvoir : la victoire du véritable mutualisme
3 – 1. 4. Décentralisation et institutionnalisation : l’écriture des règles
3 – 1. 5. Le tournant des années 1990 : la remise en question
3 – 2. Le premier projet d’entreprise de la Ma
3 – 2. 1. L’impératif du projet
3 – 2. 2. L’élaboration du projet
3 – 2. 3. La mise en œuvre du projet : Mutuelle 2000 ou l’organisation idéale
3 – 2. 4. Bilan des transformations
Conclusion
Partie II. Le projet d’entreprise de la Ma, société d’assurance mutuelle
Introduction : le dilemme stratégique
Chapitre 4 – Architecture d’un projet
Introduction
4 – 1. « Maintenance » et « compliance » dans les organisations hybrides
4 – 1. 1. Le rapport à l’environnement
4 – 1. 2. Le rapport à l’identité
4 – 1. 3. Le rapport au changement
4 – 1. 4. Conclusion sur les concepts de « maintenance » et de « compliance »
4 – 2. Le rôle de la planification stratégique et du projet d’entreprise dans l’évolution
des organisations hybrides
4 – 2. 1. La dimension formelle de la planification stratégique et la rationalisation
des organisations
4 – 2. 2. La dimension participative de la planification stratégique et l’intégration des
buts 195
4 – 2. 3. En pratiques
4 – 2. 4. Conclusion sur la planification stratégique
4 – 3. Méthodologie
4 – 3. 1. Cadre de la recherche
4 – 3. 2. Collecte et analyse des données
4 – 4. Le dispositif de projet d’entreprise de la Ma
4 – 4. 1. Présentation générale
4 – 4. 2. Constitution des collectifs
4 – 4. 3. Exploration des mondes possibles
4 – 4. 4. Modalités de la décision
4 – 5. Analyse
4 – 5. 1. Dynamique de changement dans la continuité
4 – 5. 2. Convocation des contraintes de l’environnement et mise à distance
4 – 5. 3. Célébration du modèle mutualiste versus expertise et approche standard . 247
13
4 – 5. 4. Articulation des dynamiques de maintenance et de compliance
Discussion
Conclusion
Introduction au chapitre 5
Chapitre 5 – Strategic rationalization and institutional work in the non-profit sector: the
case of a French mutual insurance company
5 – 1. Conceptual background
5 – 2. Methods
5 – 2. 1. Presentation of the case
5 – 2. 2. Data collection
5 – 2. 3. Data Analysis
5 – 3. Findings
5 – 3. 1. Controversies
5 – 3. 2. Strategizing work
Discussion and conclusion
Conclusion générale
Bibliographie
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