Le Sine Saloum est l’un des milieux les plus complexes du domaine fluviomarin sénégalais. Cela tient à la diversité des unités géomorphologiques héritées des différents épisodes morpho climatiques qui ont façonné le paysage au Quaternaire, mais aussi à la variation du climat du Nord vers le Sud et à la forte densité du réseau hydrographique. Dans ce milieu, tannes, vasières à mangroves, cordons sableux, banc de sable et bolongs se côtoient.
Cependant, à l’instar des autres écosystèmes naturels du pays, les domaines fluviomarins ont été sévèrement endommagés par les déficits hydriques successifs engendrés au cours de ces trente dernières années par la sécheresse endémique qui règne dans le milieu depuis les années 1970. Cette sécheresse trouve sa particularité dans sa sévérité et sa durée plus longue que celles qui ont jalonné l’histoire climatique de la sous-région depuis (Le borgne 1988). Partout les conséquences ont été atroces tant sur le plan environnement écologique que sur le plan de la reproductivité agricole des sols.
Ainsi, le changement climatique observé dans ce milieu, et ses conséquences directes (sécheresse persistante) expliquent l’acharnement des scientifiques à multiplier les recherches visant à mieux maitriser ce phénomène (Tabeaud, 1981, Leroux, 1983, Courel, 1984). Au cours de ces trente dernières années, les sols salés se sont extensivement développés, les mangroves et les forêts alluviales ont presque toutes régressé à la suite des dégradations multiformes entrainées en partie par la sécheresse mais aussi accentuées par une forte pression anthropique.
Sokone qui est ici notre milieu d’étude n’en représente pas l’exception. Située au bout du Diomboss, Sokone qui est une commune du Département de Foundiougne appartient au domaine estuarien. Elle se caractérise par ses bolongs, ses tannes, ses mangroves et ses forêts qui, sous l’effet climatique combiné aux actions anthropiques, se sont lancés dans une évolution depuis longtemps. La commune de Sokone compte une population plus ou moins importante estimée en 2007 à 12645 habitants. Cette population pratique comme principales activités l’agriculture, la pêche et le prélèvement des produits de la mangrove (arches, huîtres, exploitation de bois…). L’écotourisme y est aussi pratiqué d’où l’intérêt de préserver et de protéger la mangrove et d’estomper l’extension des tannes.
Synthèse bibliographique
Le Sine Saloum est un domaine fluviomarin très complexe. Il renferme une diversité d’unités morphologiques qui s’inscrivent de nos jours dans une véritable évolution. Les conséquences directes qui découlent du changement climatique observé dans cette région, expliquent la multiplication des scientifiques à s’intéresser et à multiplier les recherches dans ce milieu. Ce qui nous a fourni une riche et large gamme de documentation.
Ainsi, du point de vue climatique Dégué-Nambona R.M, (2007) nous dit que le climat est l’un des éléments les plus déterminants sur les ressources. Baillon, (1988) décrit le climat de la zone du Delta de Saloum comme situé entre le climat Soudanien et Soudano-sahélien. Bertrand R. et Jenny F. partagent aussi cet avis. Ils y ajoutent que le climat dans la commune de Sokone est essentiellement caractérisé par une saison des pluies de courte durée 5 mois (Juin à oct. avec un fort maximum en Août) suivie d’une saison sèche de longue durée 7 mois pratiquement sans aucune pluie. Leroux, (1980) cité par Sadio S., (1991) estime que le climat appartient au domaine Sahélo-Sénégalais. Tandis que pour Aubreville, (1950), c’est une variante du domaine Soudano-Sahélien. Marius C., (1979) atteste par contre que d’Oussouye à Richard-Toll, en passant par Sokone (qui est notre milieu d’étude) et Foundiougne, le climat varie considérablement avec la latitude et l’on passe d’un climat sub-guinéen maritime à pluviométrie supérieure à 1500mm à un climat Sahélien à pluviométrie inférieure à 400mm. Il affirme par ailleurs que la commune de Sokone a une pluviométrie moyenne annuelle de 807,9 mm. D’après Sadio S., (1991) ce milieu est caractérisé par des températures moyennes mensuelles comprises entre 26°C et 31°C et par des précipitations normales de 600 à 900mm /an (1931 à 1960) qui ne sont plus que de l’ordre de 400 à 600mm. Et pour toujours ce même chercheur, après quelques déficits pluviométriques enregistrées entre 1921 et 1967, le climat a accusé une sécheresse dramatique depuis 1971 jusqu’à présent, avec seulement 30 à 50 % des précipitations normales. Bertrand R. et Jenny F. avancent que Sokone est traversée par l’isohyète 900mm de pluie par an. ONUDI, (2009) atteste qu’à Fatick, la pluviométrie durant la dernière décennie a été marquée par son irrégularité variant entre 400 et 1200mm de pluie par endroits et selon les zones. Il affirme que si Gossas est marqué par un déficit pluviométrique, le Département de Foundiougne qui renferme notre milieu d’étude est par contre bien arrosé. Selon le Service Régional de la Statistique et de la Démographie de Fatick (SRSDF), en 2008, un excédent pluviométrique a été enregistré dans la région aussi bien par rapport en 2007 que par rapport à la normale (1961-1990). Selon toujours cette même source, on a enregistré dans la poste pluviométrique de Sokone 809mm de pluies.
L’insolation, selon Dégué-Nambona R. M., (2007) au niveau de la station de Kaolack laisse constater une petite tendance régressive au cours de la période (1955-2004). Cette tendance régressive, selon lui, pourrait être expliquée par les effets de variabilités climatiques que connait le monde ces dernières décennies. Ce qui se caractérisent, d’après toujours lui, par l’accumulation des aérosols et gaz dans l’Atmosphère. Il avance que ces aérosols et gaz absorbent une partie de l’énergie solaire incidente. Selon Bertrand R. et Jenny F., la durée de l’insolation mensuelle à Sokone varie selon les saisons (très forte en saison sèche et faible en saison des pluies). Ils estiment qu’au total, la durée de l’insolation varie aux environs de 3500h/an. Tandis que l’évaporation très forte en saison sèche (plus de 10mm/j) est à l’opposé faible en saison des pluies (2 à 3mm/j). D’après Marius C., (1979), le bilan de l’évaporation annuelle est proche des précipitations : 1600mm à Foundiougne. Et d’après SRSDF, en 2008, la région de Fatick a enregistré une moyenne journalière d’insolation de 7,7h/j. En ce qui concerne l’évaporation, la moyenne journalière selon toujours SRDSF est de 7,62mm en 2008.
Du point de vue géologique et géomorphologique : UICN, (1999) cité par DéguéNambona, (2007) affirme que les formes de relief de la zone du delta du Saloum sont liées à son histoire géologique laquelle est directement associée à la dynamique marine. Les îles du Saloum sont constituées de vase associée tantôt avec du sable dont le dépôt remonte du flandrien (UICN, 1999). Sur le plan morphologique, selon Marius C., (1977), il a été noté une dissymétrie entre les deux rives du Saloum. Cette dissymétrie, selon lui, est à mettre en relation avec l’incidence des flux d’eau marine à l’intérieur des Bolongs. Selon Sadio S.,( 1991) la géologie dans cette région est marquée par des formations du Continental Terminal et des sédiments du Quaternaire. D’après Bertrand et Jenny, Sokone se place sur les formations sédimentaires du Continental Terminal mises en place à la fin du Tertiaire. On retrouve des alignements NNE-SSW au Nord et au Sud-est prés de la frontière gambienne, les études morpho-pédologiques de Bertrand (1960-1970) ont montré qu’il se compose de plateaux culminant vers 40m d’altitude et ceinturés de sols indurés et de terrasses colluvioalluviales selon Marius, (1979), lors de la transgression nouakchottienne, les bouches du Saloum sont occupées par la mer jusqu’en amont de Kaolack sur le fleuve principal et de Fatick pour la vallée du Sine d’après P. Michel, (1973).
Du point de vue pédologique : Thiam M.D., (1986), atteste que d’une manière générale, au Sine- Saloum, les sols sont en étroite relation avec les formes et commandent pour une large part la dynamique des formations végétations. D’après Dégué-Nambona, (2007), la pédologie du Delta du Saloum est directement liée à ses facteurs morphologiques. La carte pédologique des îles du Saloum élaborée par Marius, (1977) présente deux grands types de formations sableuses : les sols sableux des cordons et les sols minéraux et les sols peu évolués qui occupent les terrasses marines. Selon ONUDI (2009), les ressources pédologiques de la région font état de 4 à 5 types de sols qui varient selon les zones écologiques : en zone continentale, on rencontre essentiellement des sols ferrugineux tropicaux lessivés (‘dior’), sols ferrugineux non lessivés ( ‘deck’), des sols deck-dior. En zone des estuaires on retrouve les sols des mangroves, les sols halomorphes, les sols hydro morphes des vallées. Marius (1979) classe les sols en plusieurs types : « sols des tannes vifs, sols des mangroves évolués, sols sulfatés acides, sols des tannes non acides, sols des tannes herbacés, sols para-sulfatésacides, sols des mangroves récentes à rhizophora et à avicennia, sols des mangroves récentes à avicennia et sols de la slikke » .
Du point de vue hydrologique : Sadio S., (1991) estime que le réseau hydrographique du Saloum constitue avec le Diomboss et le Bandiala les trois principaux bras de mer qui parcourent la zone estuarienne. Il ajoute que ce réseau est constitué de nombreux marigots. D’après (Fall et Al, 2000), ce réseau est alimenté par l’eau de la mer qui peut remonter jusqu’à Birkilane à 130km de l’embouchure du Saloum. Selon Thiam M. D., (1986), le Sine Saloum présente des caractères fluviatiles tels que l’agencement et l’ordonnancement de leurs réseaux de chenaux. Ainsi, Sall M., (1980), distingue les chenaux de premier, de second et même de troisième ordre ; il estime par ailleurs que les lacs, les mares et les marigots sont localisés le plus souvent en bordure des chenaux.
Du point de vue hydro-chimique : Marius C., (1979) affirme que dans tous les estuaires, la salinité de l’eau est partout élevée et est nettement supérieure à celle de l’eau de la mer. Selon lui, Sokone a une salinité de 100g/L soit 2 à 3 fois supérieure à l’eau de la mer avec un PH de 7,5. Il affirme par ailleurs, que la salinité de cette eau est du type chlorurée-sodicomagnésienne.
Du point de vue biogéographique : Thiam M.D. (1986) avance que la végétation dans ce milieu est souvent subdivisée en trois groupes : les mangroves, les pelouses halophiles et les steppes ou les formations végétales secondaires. ONUDI, (2009) avance que la zone des estuaires du Sine-Saloum est le domaine des tannes et des mangroves qui, selon Marius C. (1985), représentent les mangroves les plus septentrionales de type Atlantique sur la côte Ouest-africaine. Selon toujours Marius, (1979), au Sénégal c’est Rhizophora qui colonise en premier la vase nue, et il estime que nombres des avicennia ont disparu à la suite des années de sécheresse exceptionnelle 1972-1974.
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Table des matières
Introduction générale
Synthèse bibliographique
Problématique
Méthodologie
Première partie : présentation du cadre physique, humain et socio-économique
Chapitre I : Le cadre physique
Chapitre II : Le cadre humain
Chapitre III : Le cadre socio-économique
Deuxième Partie : La dynamique des unités morphologiques
Chapitre I : Les unités morphologiques : localisation et caractéristiques
Chapitre II : Les facteurs de dynamique
Chapitre III : La dynamique
Troisième Partie : les impacts de la dynamique et les stratégies de lutte
Chapitre I : les impacts de la dynamique
Chapitre II : les stratégies de lutte
Chapitre III : les impacts des stratégies de lutte
Conclusion générale
Bibliographie
Annexe
Questionnaire
Table des matières
