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…au regard de sa justification institutionnelle et de mon questionnement personnel : les hypothèses qui fondent mon choix.
(…) Mais, ce qui se joue principalement à l’école, à côté de l’apprentissage des techniques, c’est la construction du rapport au savoir qui permet aux élèves de donner du sens, donc une valeur, à leurs activités, mais aussi à l’objet même d’apprentissage. Dans ce processus, les aspects symboliques de l’environnement scolaire ne sont pas à négliger.6 Ainsi, d’après cet extrait des instructions officielles liées aux nouveaux programmes 2015 de la maternelle, il ne peut seulement s’agir de placer les élèves en atelier avec une tâche précise pour créer des savoirs. D’autres éléments rentreraient donc en échos pour alimenter ce processus.
Lorsque je pensais à l’organisation d’une classe de maternelle, une des caractéristiques qui revenait régulièrement dans les pratiques enseignantes est la constitution de groupes (homogènes ou hétérogènes) qui tournent sur des ateliers sur une échelle de temps qui se limite en général à la semaine. Chaque groupe d’élèves est ainsi censé passer par tous les ateliers proposés au fil des jours. Ces groupes peuvent, selon les situations, être fixes ou plus ou moins immuables selon les pratiques de classe. C’est à partir de cet élément que ma réflexion a commencé à se mettre en place. Pourquoi les élèves devraient être inscrits dans des groupes et se laisser guider par la volonté de l’enseignant ? Est-ce une question de facilité organisationnelle pour l’enseignant (suivi des élèves et différenciation, climat de classe) ? Est-ce réellement un bienfait pour l’élève ?
En effet, je suis amené à penser que l’élève est dans une situation passive, certes rassurante car il se place au sein d’un groupe, d’un cadre défini (le déroulement structuré de la journée), d’habitudes (les rituels par exemple) qui lui apportent une sécurité et des repères stables dans sa construction en lui permettant d’être rassuré, apaisé et donc de pouvoir construire des apprentissages au sein de ce cadre fonctionnel. Seulement, l’élève s’investit-il dans les apprentissages qu’il construit ? Est-il véritablement un acteur dans ce processus que l’enseignant pilote ?
Ce spectre de questionnements a construit ce dispositif et les réponses ne pourront apparaître qu’au terme de l’expérience et d’une analyse réflexive. Ces points de vue pédagogiques, didactiques et dans un certain sens philosophiques se sont nourris d’éclairages institutionnels sur les enjeux de l’école maternelle et du rôle de l’enseignant.
Les documents ressources pour la maternelle publiés en 2015 au regard des nouveaux programmes de ce cycle m’ont apporté une légitimité dans la mise en place de ce dispositif. L’enseignant doit aider progressivement les élèves à se projeter eux-mêmes dans quelque chose qu’ils pourraient contribuer à penser et construire. Cette possibilité d’anticiper est un témoignage important du développement de leur appropriation de la situation et de leurs possibilités de compréhension. Ainsi, « S’approprier » quelque chose c’est d’une certaine façon le rendre « propre à soi-même », « se le faire propre ». « Se projeter », c’est littéralement « se jeter soi-même en avant ». Cette dimension fait partie des enjeux de l’école maternelle.7
En confrontant ces réflexions, j’ai pu construire l’hypothèse suivante pour structurer ce choix de dispositif. L’élève, en étant acteur dans ce processus, en se questionnant sur le choix de son atelier s’y projette (par la compréhension de celui-ci : en tout cas, une anticipation, une amorce de compréhension), favorisant un meilleur investissement, engagement de sa part et donc un moteur pour les apprentissages, pour progresser.
Un autre élément est à prendre en compte également dans la structuration de ce dispositif. La présence d’une feuille avec le descriptif écrit de l’objectif d’apprentissage de l’atelier8 fait en sorte que l’élève ne peut choisir seul son atelier. En effet, la présence de l’adulte est essentielle et impérative dans le processus d’inscription. Cependant l’enseignant tout comme l’ATSEM ne peuvent prendre en totalité cette charge du fait du nombre d’élèves au sein de la classe et de notre présence pour l’accueil des familles et des élèves. L’étayage de l’adulte durant ce moment, j’ai fait le choix de le confier aux parents ou éducateurs qui arrivent avec l’enfant le matin. Les nouveaux programmes inscrivent cette relation avec les parents de manière prépondérante et ce, dès l’introduction de ce document institutionnel. Les temps d’accueil sont des moments exigeants dans le souci du bien-être de l’élève. Construire la relation enseignant-école et famille permet aux parents de comprendre le fonctionnement et les spécificités de l’école maternelle. Ce temps d’inscription par les familles, je le conçois comme un moment de transition entre la sphère de la famille et la sphère de l’école. L’école maternelle construit des passerelles au quotidien entre la famille et l’école, (…) de manière à favoriser le bien-être des enfants et constituer une continuité éducative.9
Afin d’accompagner au mieux les élèves dans leur inscription j’ai expliqué mes attentes aux parents par le biais d’un mot écrit dans le cahier de liaison des élèves10. Ce qui m’amène à ma deuxième hypothèse, la co-intervention des parents dans l’accompagnement de leur enfant à l’inscription à l’atelier permet de renforcer les liens école-famille.
Que dire de l’élève dans ce dispositif ? Comment l’intègre-t-il, le vit-il ? Sur quoi je me fonde, moi élève de moyenne section de la classe, pour choisir entre tel ou tel atelier ? L’atelier qui me donne envie ? (par son intitulé, les images associées, ce qu’il représente), la présence d’un adulte ou d’un de mes camarades ?, la volonté d’apprendre ?
Choisir c’est réfléchir entre plusieurs chemins. Choisir, cela s’apprend afin de pouvoir réellement faire un choix et donc devenir autonome. C’est une des finalités et des objectifs de l’école et de l’éducation. L’autonomie, « auto-nomos », signifie « obéir à sa propre loi ». Il en découle deux acceptions. Tout d’abord, le terme revêt un sens large : c’est la capacité à se passer de l’aide d’autrui. L’école aide l’enfant à progresser dans cette quête et dans une moindre mesure s’agissant d’élèves de maternelle. D’un angle strictement moral, il revêt un sens fort : c’est la capacité à se donner librement des lois rationnelles (par la raison) et d’y obéir spontanément (par la volonté). L’enjeu de ce dispositif est de permettre à l’élève d’accepter la contrainte à certains moments car je vais avoir besoin d’apprendre. Ainsi, il est question de passer d’un choix affectif à un choix raisonné. Par quel moyen aider les élèves à conscientiser leur choix ? Est-ce possible pour des élèves de moyenne section ? Une des pistes est peut-être de faire en sorte que les élèves construisent un rapport au savoir.
L’acte de choisir : un lien entre les apprentissages et le sens que l’élève et sa famille donnent à l’école ?
Créer des liens est le sens premier du mot « intelligence » (« in-telligo » : relier, nouer ensemble). C’est ce qui permet de mettre peu à peu en relation les actions et les effets obtenus.11
Dès mon entrée dans ce métier, je voulais construire ma pratique présente et future selon des concepts qui me semblent primordiaux : l’investissement des élèves et leur posture d’acteur dans leurs apprentissages ainsi que le renforcement du lien école-famille. Deux axes qui (à ce moment actuel de ma professionnalisation) me semblent importants pour forger le sens que l’on donne à l’école. J’émets l’hypothèse que le dispositif de choix de l’atelier du matin dans son ensemble pourrait concourir à cela.
A. Par quel(s) moyen(s) nourrir les hypothèses qui structurent mon choix ? Explication du choix du recueil de données qui est retenu et sa mise en place.
Dans le but de nourrir mes hypothèses, un recueil de données mesurables et analysables s’avère nécessaire pour poursuivre l’investigation. Il se compose de deux éléments différents. Tout d’abord, des entretiens à destination des élèves, afin de mieux comprendre la perception qu’ils peuvent avoir du dispositif mis en place et de manière plus globale, leur réflexion sur ce qu’est choisir son atelier et les conséquences de ces choix. Ce questionnaire est construit selon cet ensemble de questions :
– Pourquoi choisis-tu cet atelier ?
– Pourquoi ne choisis-tu pas un autre atelier ?
– Quel est l’atelier que tu préfères faire ?
– As-tu des ateliers que tu n’aimes pas ? Pourquoi ?
– Pourquoi travaille-t-on en atelier à l’école ?
– Peux-tu toujours faire l’atelier que tu veux ?
– Peux-tu m’expliquer ce que veut dire le mot choisir (pour un atelier ?)
Afin de recueillir les réponses des élèves, un enregistrement audio sera réalisé sur un temps d’accueil du matin durant le moment de l’inscription aux ateliers. J’ai choisi de former un échantillon de cinq élèves que j’ai pu questionner en fin de période 4 (fin du mois de mars-début du mois d’avril). Une demande d’autorisation préalable a été donnée aux familles afin d’obtenir leur consentement12.
Un dispositif qui crée une transition entre l’école et la famille.
L’élève acteur de ses apprentissages en se projetant : un rapport au savoir en construction
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Table des matières
1. Introduction
2. Partie 1 : Placer l’élève en situation de choisir son atelier : un acte éducatif ?
2.1. Mise en lumière d’une facette de ma gestion de classe : les ateliers, des espaces d’apprentissage bien définis
2.2. Descriptif du dispositif pédagogique mis au service des apprentissages chez les élèves
2.3. …au regard de sa justification institutionnelle et de mon questionnement personnel : les hypothèses qui fondent mon choix
3. Partie 2 : L’acte de choisir : un lien entre les apprentissages et le sens que l’élève et sa famille donnent à l’école ?
3.1. Par quel(s) moyen(s) nourrir les hypothèses qui structurent mon choix ? Explication du choix du recueil de données qui est retenu et sa mise en place
3.2. Un dispositif qui crée une transition entre l’école et la famille
3.3. L’élève acteur de ses apprentissages en se projetant : un rapport au savoir en construction
4. Partie 3 : Une étape dans la conquête de l’autonomie ?
4.1. Placer l’élève dans la posture de choisir pour lui permettre de construire et développer une réflexion
4.2. La constitution du moi par les possibles et par les contraintes grâce aux situations de choix
5. Conclusion
6. Bibliographie
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