Jules et sa rencontre avec l’autre
Le cadre institutionnel : séances de pataugeoire au sein d’un CATTP
La recherche présentée dans ce mémoire s’est réalisée au sein d’un service de pédopsychiatrie faisant partie d’un centre hospitalier public. Le service comprend un hôpital de jour, un Centre Médico-Psychologique ainsi qu’un Centre Thérapeutique à Temps Partiel (CATTP). Jules est suivi au CATTP une fois par semaine en séance de pataugeoire depuis le mois de septembre, et j’ai participé à cet atelier thérapeutique à partir du mois de janvier. Le dispositif « flaque » a été conçu par Pierre Lafforgue et celui qui est utilisé pour Jules est adapté mais garde les bases originelles. Ce dispositif engageant des processus archaïques s’adresse essentiellement aux sujets atteints de psychose ou d’autisme. Il permet souvent une préparation à des psychothérapies « classiques », engageant une mise en mots et en sens de l’expérience sensorielle favorisant l’accès à la symbolisation.
Cadre de la recherche : Jules et son histoire
Jules est âgé de 6 ans et demi quand je le rencontre, il a une petite sœur âgée de 4 ans et un petit frère âgé de 2 ans. Ses parents vivent en couple, la mère était en congé parental jusqu’au mois de novembre puis elle a repris un travail jusqu’à la fin du mois de mars. Le père travaille dans le bâtiment, il a été arrêté à partir du mois de décembre, puis a repris son travail à la fin du mois de février. C’est lui qui amenait Jules au CATTP jusqu’à la fin de son arrêt maladie, puis sa grand-mère l’a remplacé. D’après le dossier médical, la grossesse était désirée mais l’accouchement aurait été difficile (la maman aurait parlé d’un « souvenir atroce »). Jules a commencé à marcher à partir de 17 mois3, juste avant la naissance de sa petite sœur.
D’après le dossier médical, il aurait montré quelques signes de stéréotypies pendant ses deux premières années et est allé en crèche à partir de 2 ans, âge auquel la maman aurait commencé à s’inquiéter qu’il ne dise aucun mot identifiable, et de l’absence d’expressions émotionnelles du visage sur certaines photos. D’après les propos repris de cette maman : « il a toujours tout fait plus tard que les autres ». La propreté diurne et nocturne aurait été acquise à 3 ans. Il ne présente aucun trouble de la vue. Il aurait partagé la chambre de ses parents jusqu’à l’âge de 3 ans.
Manifestations corporelles et comportementales
Jules présente quelques stéréotypies qui se manifestent dans des moments qui semblent susciter une certaine tension, notamment quand il semble être gêné ou concentré par une situation. Lorsqu’il est obligé d’être en contact avec l’eau pour aller chercher un objet par exemple, il peut toucher son épaule avec son menton en penchant la tête sur le côté droit, ou encore lorsqu’il transvase l’eau d’un contenant à un autre. Il peut également se toucher la tête avec la main plusieurs fois ou encore produire des flappings lorsqu’il voit quelque chose en mouvement, l’eau qui coule et qui fait tourner le moulin, ou qui dégouline sur le miroir par exemple. Les manifestations émotionnelles sont accompagnées de contractions de son corps.
Lors des premières séances, il ne se tenait pas en position droite dans la pataugeoire, il était souvent courbé mais son dos formait plus une silhouette anguleuse qu’arrondie. Au fil des séances, Jules s’est tenu plus droit. Il lui arrive parfois de ramper au sol sur son postérieur pour se déplacer à la manière d’un enfant n’ayant pas acquis la marche, et cette attitude semblait se produire consécutivement à une situation génératrice d’anxiété.
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Table des matières
Introduction
Partie 1 – Cadre de la recherche : contexte et rencontre avec Jules
I. Le cadre institutionnel : séances de pataugeoire au sein d’un CATTP
II. Cadre de la recherche : Jules et son histoire
1. Contexte familial et compte rendu médical : des troubles autistiques précoces
2. Histoire institutionnelle de Jules
3. Première rencontre et éléments contre-transférentiels : un regard et un sourire
III. Synthèse, problématique et hypothèses
Partie 2 – Approche clinique d’un enfant autiste : Jules, son corps et sa relation à l’autre
I. Jules et sa rencontre avec l’autre
1. Langage et communication
2. Percevoir l’autre
3. Le jeu
4. Expressions émotionnelles
II. L’espace et le corps
1. Exploration de l’espace.
2. Exploration des objets
3. Manifestations corporelles et comportementales
Synthèse
Partie 3 – Se séparer pour se construire
I. Relation à l’objet : l’enjeu de la séparation.
1. Une relation primaire perturbée
2. Etat symbiotique dans l’autisme et séparation
3. Relation aux soignantes
II. Avoir un corps
1. Une enveloppe corporelle percée
2. La manipulation des objets comme métaphore des ressentis du corps
III. Vers une tentative d’individuation
1. Habiter son corps et faire exister l’autre
2. Identification projective et attaques du cadre
3. Naissance d’un sentiment d’existence différencié
Synthèse
Conclusion
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