Les bénéfices de l’activité physique et sportive (APS) sur la santé sont multiples et ont été démontrés depuis des années (1,2). Parmi ces bénéfices, on peut retrouver la réduction de la mortalité (notamment cardiovasculaire et cancéreuse), l’augmentation de l’espérance de vie, l’amélioration de la qualité de vie et du bien-être […]. De plus, l’influence positive de l’APS a été prouvée au cours de différentes périodes et circonstances de la vie : elle joue un rôle essentiel dans le développement de l’enfant (3), améliore la santé des adultes et permet de prolonger la vie en bonne santé, retardant la dépendance des personnes âgées .
Les études s’intéressant à la pratique sportive des français, bien que différentes dans leurs méthodologies et dans leur définition de l’APS, démontrent une tendance à une franche augmentation de la pratique au cours des quarante dernières années (5). Ainsi, l’étude de l’Insee retrouvait un taux de pratique physique et sportive de 39% dans la population en 1967, contre 71% dans l’étude de l’Insee-MJSVA en 2003. En 2010, près de 65% des 15 ans et plus, soit 34 millions de personnes, ont déclaré pratiquer une activité physique au moins une fois par semaine (6). Malgré ses nombreux avantages, la pratique sportive expose également à plusieurs menaces. Au-delà des risques de conduites dopantes et de mort subite du sujet sportif, les traumatismes du sport représentent un motif fréquent de consultation, notamment dans les services d’urgences. Ainsi, aux États-Unis, les blessures liées au sport amèneraient 3.7 millions de personnes à consulter aux urgences chaque année (7). En France, elles motiveraient annuellement 900 000 recours aux urgences, avec un taux d’incidence de 15.1 traumatismes pour 1000 sujets .
Plusieurs travaux, en Europe, aux États-Unis ou en Australie, se sont ainsi intéressés à la prise en charge des traumatismes sportifs au sein des services d’urgence (7,9–12). En France, des études menées à Caen (13), Amiens (14), Rennes (15), Brest (16) et Nantes (17) ont permis de préciser les données épidémiologiques de ces accidents du sport, et de mieux connaitre la prise en charge de ces patients aux urgences. Néanmoins, le devenir des patients à la suite de leur venue aux urgences a été peu étudié. Pourtant, la blessure marque souvent une étape importante de la vie d’un sportif, tant sur le plan physique que psychologique (18), avec un retentissement variable selon les individus et leur niveau de pratique. Ainsi, le suivi de ces patients victimes d’accidents sportifs se doit d’être spécifique et coordonné dès la sortie des soins d’urgence, afin d’optimiser la prise en charge diagnostique et thérapeutique, mais également le retour au sport.
En traumatologie sportive, l’articulation du genou tient une place particulièrement importante. Selon le sport concerné, elle représenterait 15 à 50% des traumatismes sportifs (19), avec une nette prédominance pour les sports incluant des mouvements de pivots par rapport aux sports dans l’axe. Elle représenterait même l’articulation la plus touchée chez les adolescents sportifs (20). Aux Etats-Unis, en l’espace de dix ans, l’incidence des blessures du genou nécessitant un recours aux urgences aurait augmenté de 30% chez les femmes et 46% chez les hommes. Sur le plan biomécanique, la localisation anatomique de l’articulation et les forces multidirectionnelles imposées sur le complexe du genou durant l’activité physique en font un site privilégié des blessures liées au sport, parfois sévères, conduisant fréquemment à de longs soins de rééducation ou de chirurgie coûteuse (21,22). Une seule étude française s’est intéressée à la prise en charge de ces traumatismes du genou au sein des services d’urgences, et les lésions observées n’étaient pas spécifiquement liées à l’activité sportive .
Le CHU de Caen est le plus grand établissement hospitalier de Basse Normandie. Le Département d’Accueil et de Traitement des Urgences (DATU) a recensé 83122 passages lors de l’année 2016, soit en moyenne environ 227 passages quotidiens (23). On note une augmentation de plus de 4500 passages par rapport à l’année 2012. Ces chiffres sont en accord avec la tendance nationale : le nombre annuel de passages aux urgences progresse d’environ 3% par an depuis 20 ans, pour atteindre plus de 20 millions de passages en 2015, alors qu’on comptait 10.1 millions de passages en 1996 (24). Dans ce contexte, la prise en charge des traumatismes sportifs aux urgences semble de plus en plus difficile pour des personnels soignants exposés à un trop grand nombre de consultations.
L’institut régional de médecine du sport du CHU (IRMS) réunit diverses spécialités médicales (médecine du sport, médecine physique et de réadaptation, orthopédie) assurant des consultations de traumatologie, afin de permettre la prise en charge diagnostique et thérapeutique des blessures liées à la pratique de l’activité sportive, ainsi que la mise en place d’un suivi accompagnant le patient sportif jusqu’à son retour sur le terrain. Notre étude s’est intéressée à la prise en charge des traumatismes sportifs du genou aux urgences du CHU de Caen, ainsi qu’au devenir des patients à la suite de leur passage au DATU. Nous avons souhaité préciser les données épidémiologiques liées à ces traumatismes, mais également étudier la coordination des soins entre les urgences et la médecine du sport du CHU de Caen. Notre postulat initial avançait que la prise en charge des accidents sportifs au sein du DATU cherchait principalement à éliminer une lésion grave du genou, mais permettait rarement d’établir un diagnostic de précision orientant la suite de la prise en charge et le retour au sport.
Matériel et Méthodes
Caractéristiques principales de l’étude
Notre étude était une étude de cohorte rétrospective, monocentrique, s’intéressant aux patients pris en charge au DATU du CHU de Caen, sur la période allant du 1er mars 2017 au 28 février 2018. Nous avons choisi d’étudier les données sur une année entière afin de nous affranchir de l’influence calendaire sur les différentes activités sportives. En effet, nous ne souhaitions pas voir nos résultats influencés notamment par les conditions météorologiques ou les périodes de trêves sportives.
Critères d’inclusion et d’exclusion
Critères d’inclusion
● Tout patient se présentant aux urgences du CHU de Caen pour une plainte concernant le genou,
● Consécutive à un traumatisme unique ou répété, survenant au cours de la pratique de l’activité sportive.
Critères d’exclusion
● Prise en charge aux urgences donnant lieu à une hospitalisation ou à une intervention chirurgicale d’emblée.
● Traumatisme consécutif à un accident de la voie publique (AVP) .
Ces critères d’exclusion ont été retenus car les patients hospitalisés ou opérés d’emblée ou victimes d’AVP présentent des lésions et donc une prise en charge et un suivi différents des autres traumatismes sportifs. Il s’agit souvent de véritables urgences fonctionnelles. Nous avons défini l’activité sportive comme toute forme d’activité physique qui, à travers une participation organisée ou non, a pour objectif l’expression ou l’amélioration de la condition physique et psychique, le développement des relations sociales ou l’obtention de résultats en compétition de tous niveaux (25). Le traumatisme était défini selon La Cava, comme l’effet d’une action mécanique extrinsèque ou intrinsèque, isolée ou répétée, sur des tissus organiques .
Information délivrée aux personnels médicaux du DATU
Depuis trois ans, de manière régulière, le service de médecine du sport informe les médecins séniors urgentistes de la possibilité d’adresser en consultation de suivi les patients venus aux urgences pour un traumatisme sportif. En novembre 2017, audelà du renouvellement de cette information, nous avons également explicité de manière orale les modalités et objectifs de notre étude. Une information écrite a également été dispensée aux internes en poste au DATU de novembre 2017 à mai 2018.
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Table des matières
I. Introduction
II. Matériel et Méthodes
1. Caractéristiques principales de l’étude
2. Critères d’inclusion et d’exclusion
Critères d’inclusion
Critères d’exclusion
3. Information délivrée aux personnels médicaux du DATU
4. Recueil de données
1) Données relatives au passage aux Urgences et au suivi intra-hospitalier
2) Rappel téléphonique des patients
5. Traitement des données
III. Résultats
1. Population étudiée
2. Données démographiques
1) Âge et sexe
2) Profession
3. Données épidémiologiques relatives au traumatisme sportif
1) Antécédents traumatiques sur le genou concerné par le traumatisme
2) Sport pratiqué lors du traumatisme
3) Contexte sportif lors du traumatisme et niveau de pratique
4) Type de traumatisme
4. Impact des traumatismes sportifs du genou sur l’activité des Urgences
1) Répartition mensuelle des consultations
2) Répartition journalière des consultations
3) Répartition horaire des consultations
4) Délai entre la survenue du traumatisme et l’arrivée aux urgences
5. Prise en charge au DATU
1) Mode de recours aux urgences
2) Evaluation initiale de la douleur
3) Données cliniques
4) Antalgiques administrés lors de la prise en charge au DATU
3) Prescription d’examens complémentaires au DATU
4) Diagnostic au DATU
5) Prescription thérapeutique à la sortie du DATU
6) Consultation de suivi proposée à la sortie du DATU
6. Devenir des traumatismes sportifs du genou à la suite de la prise en charge
au DATU
1) Consultation de suivi post-urgences
2) Délai entre la prise en charge aux urgences et la consultation de suivi
3) Nouveau diagnostic retenu
4) Prescription d’examens complémentaires au cours du suivi
5) Prise en charge thérapeutique au cours du suivi
6) Prise en charge chirurgicale du pivot central
7) Retour au sport
IV. Discussion
1. Imputabilité de l’activité sportive dans les traumatismes du genou
2. Données démographiques
3. Données épidémiologiques relatives au traumatisme sportif
1) Antécédents traumatiques sur le genou concerné par le traumatisme
2) Sport pratiqué lors du traumatisme
3) Contexte sportif lors du traumatisme et niveau de pratique
4) Type de traumatisme
4. Impact des traumatismes sportifs du genou sur l’activité des Urgences
5. A propos de la prise en charge au DATU
1) Mode de recours aux urgences
2) Évaluation et prise en charge initiale de la douleur
3) Données cliniques
4) Prescription d’examens complémentaires aux urgences
5) Diagnostic au DATU
6) Prescription thérapeutique à la sortie du DATU
7) Consultation de suivi proposée à la sortie du DATU
6. A propos du devenir des traumatismes sportifs du genou à la suite de la prise en charge au DATU
1) Consultation de suivi post-urgences
2) Délai entre la prise en charge aux urgences et la consultation de suivi
3) Nouveau diagnostic retenu
4) Prescription d’examens complémentaires au cours du suivi
5) Prise en charge thérapeutique au cours du suivi
6) Retour au sport
7. Forces et limites de l’étude
V. Proposition d’un protocole de prise en charge au DATU (annexe 3)
VI. Conclusion
BIBLIOGRAPHIE
