Adolescents et cannabis : leurs représentations du produit

Les récepteurs cannabinoïdes

          Les composants cannabinoïdes ont une action à la fois sur des récepteurs spécifiques couplés à la protéine G (CB 1 à 3), et sur d’autres récepteurs. Le THC est la molécule principale agissant sur le récepteur de type 1, qui est surtout responsable des effets psychodysleptiques et le plus répandu au niveau cérébral. Il est retrouvé dans l’hippocampe, le cervelet, le cortex frontal, le striatum, les ganglions de la base et l’amygdale. Au niveau périphérique, il est présent dans les glandes surrénales, la moelle osseuse, le cœur, la prostate et dans l’utérus, mais aussi dans les neurones périphériques, les phagocytes, et les lymphocytes (14,15). Le récepteur CB2 est retrouvé dans les neurones, les cellules gliales et endothéliales cérébrales, et en périphérie dans de nombreuses cellules associées au système immunitaire (16). Le CBD agit quant à lui principalement sur les récepteurs sérotoninergiques et dopaminergiques ainsi que sur de nombreux canaux ioniques, et semble pouvoir moduler l’effet du THC sur les récepteurs CB1. Il est aussi un inhibiteur de plusieurs cytochromes et notamment des cytochromes CYP2B6, CYP2C19 et CYP3A4, participant au métabolisme de nombreux médicaments (1,17). De plus, il existe des endocannabinoïdes modulant l’activité d’autres systèmes de neurotransmission (dopamine, GABA (acide γ-aminobutyrique), glutamate, catécholamines, monoamines …), ayant une activité importante dans la maturation cérébrale, dès le stade in utero et jusqu’à l’adolescence (14). Des études récentes trouvent de plus en plus de fonctions liées aux récepteurs cannabinoïdes. Par exemple, ils pourraient avoir des liens avec les maladies rénales chroniques, le diabète et l’obésité (15,18), le système immunitaire, ou encore les processus neuroinflammatoires en place dans des maladies telles que la maladie de Parkinson, la sclérose en plaque ou la maladie d’Alzheimer (16). Les récepteurs CB3 ou GPR55 récemment découvertssont pour le moment encore peu connus. Ils ont été mis en évidence dans l’hippocampe, l’hypothalamus, le cortex frontal et le cervelet (19).

Risques sur la fonction cérébrale

            A cause de la compétition entre les cannabinoïdes exogènes et les endocannabinoïdes (qui jouent un rôle prépondérant dans le développement cérébral), des changements structurels au niveau de l’hippocampe, du cortex préfrontal et du cervelet sont visibles en imagerie fonctionnelle chez les consommateurs chroniques. Les zones altérées peuvent différer entre les adultes et les adolescents (30,36–38). Sur le plan des capacités cognitives, on observe une diminution du fonctionnement cognitif avec une détérioration de l’apprentissage verbal, de la mémoire, de l’exécution et de l’attention (14). Le quotient intellectuel serait diminué de huit points chez les usagers chroniques ayant débuté de manière précoce (avant 15 ans). Il existe une interrogation sur le recouvrement total de la fonction cérébrale après arrêt (30).

Risques spécifiques sur la santé de l’adolescent

                Tout d’abord, le stade adolescent du développement neurocognitif est très vulnérable à la consommation de cannabis. En effet, durant cette étape de développement, le cerveau subit une importante maturation neuronale ainsi qu’une restructuration importante en termes d’involution synaptique, de processus de myélinisation et de plasticité dendritique, particulièrement au niveau du cortex préfrontal. Cette région contrôle plusieurs fonctions, comme la mémoire à court terme, le contrôle cognitif et le raisonnement. Plusieurs études font état d’une altération de la substance blanche dans de nombreuses zones du cerveau (tractus préfrontal, limbique, pariétal et cérébelleux) et une diminution dose-dépendante de la densité de substance grise au niveau de l’hippocampe, des régions parahippocampiques et de l’amygdale chez les consommateurs de cannabis adolescents. Or, les systèmes endocannabinoïdes pourraient jouer un rôle important dans l’ajustement comportemental et émotionnel, notamment dans des situations de stress par leurs interactions avec l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien et la modulation des régions corticales sus-citées. Ainsi, l’utilisation précoce et intense de cannabis est associée à des altérations marquées de la structure et de l’activation des zones cérébrales mises en jeu dans les tâches cognitives nécessitant une prise de décision et une capacité d’inhibition (36,51). Ainsi, le début de l’usage à l’adolescence a été associé de manière significative à l’apparition d’une dépendance ainsi qu’à un risque plus élevé d’apparition de troubles psychiatriques (troubles anxieux, dépressifs, ou psychotiques) (39,52). De plus, une consommation chronique débutant à l’adolescence, favorisée par le risque de dépendance plus élevé, entraîne également une augmentation des conséquences somatiques citées et a été associée à une diminution du quotient intellectuel plus importante que chez les adultes. Il a été montré que les désordres cognitifs persistent après un an d’abstinence (53). Plusieurs études ont montré que les adolescents consommant du cannabis de manière chronique avaient une moins bonne réussite scolaire et étaient moins diplômés (4,54). Cela peut en partie être lié à la diminution de la motivation, aux troubles de mémoire, ainsi qu’à la diminution des performances cognitives induits par le cannabis. De plus, l’addiction au cannabis peut entrainer des conduites à risque et des transgressions pouvant donner lieu à des poursuites judiciaires. En effet, les adolescents consommateurs, potentiellement déscolarisés et influençables, sont parfois la cible de trafiquants qui n’hésitent pas à les exploiter (55). Enfin, bien que son association avec les troubles dépressifs ne soit pas évidente, la consommation chronique de cannabis débutée de manière précoce est associée à une augmentation du risque d’avoir des idées suicidaires voire de suicide chez l’adolescent et le jeune adulte (40). Ces différents éléments nous permettent de dire qu’il est indispensable de continuer le travail de prévention en France, en particulier chez les adolescents qui ont une structure mentale favorisant l’expérimentation et les conduites à risques mais aussi un risque plus important d’en subir des conséquences négatives sur le long terme.

Culture marketing : conséquence de la légalisation ?

               Avec l’ouverture du marché états-unien et canadien du cannabis à visée récréative, la diversité des modes de consommation a explosé, avec de nouveaux produits de combustion ou vaporisateurs, des produits alimentaires, des concentrés, des cosmétiques … Parmi les stratégies marketing souvent employées, la revendication d’un choix de vie et la valorisation de valeurs écologiques telles que la consommation d’herbe bio, les circuits courts, le retour aux traitements considérés comme naturels, et la valorisation du do-it-yourself dont l’autoculture, sont particulièrement efficaces dans la minimisation des dangers induits par la consommation de cannabis, surtout sous forme d’herbe (5,57,77,84). Ces valeurs peuvent aussi parler à des usagers plus âgés, dont la proportion parmi les consommateurs augmente (4). De plus, de nouvelles substances arrivent constamment sur le marché, échappant à la législation. Ainsi, les produits à base de CBD, réputés comme ayant des taux bas voire nuls de THC, sont accessibles à la vente et de nouveaux magasins fleurissent sous cette enseigne. Néanmoins, ils font encore l’objet de controverse et plusieurs études ont montré que les informations fournies pouvaient être mensongères, d’autant qu’encore peu d’entre eux ont été approuvés par les autorités européennes (17,27,86). En France, à ce jour (en mars 2022), la culture et la vente de chanvre est autorisée tant que le taux de THC est inférieur à 0,3%, mais sont limitées aux graines et aux fibres. Tous les produits contenant plus de 0,3% de THC sont considérés comme des stupéfiants (87).

Elaboration du guide d’entretien et du questionnaire de caractérisation de la population

             Nous avons élaboré le guide d’entretien à partir d’un modèle d’entretien utilisé dans une autre thèse de médecine générale (121) et de la lecture de livres de méthodologie de recherche qualitative (122,123). Nous avons cherché à explorer les représentations et connaissances des adolescents sur le cannabis, ses conséquences sur la santé, et la prévention, ainsi que sur la place du médecin généraliste parmi les ressources qu’ils envisageaient dans le cadre d’une consommation problématique. Nous avons aussi élaboré un questionnaire de caractérisation de population explorant leur âge, genre, scolarisation, situation familiale et leur relation avec leur médecin traitant s’ils en avaient un. Ceci nous a permis de mettre en évidence des biais de recrutement. De plus, ce questionnaire était l’occasion pour les adolescents qui le souhaitaient de débuter une discussion avec nous après l’entretien. Après les avoir fait valider par notre directrice de thèse, nous les avons testés avec deux adolescents pris au hasard dans notre entourage. Ils sont présentés en annexe (ANNEXE 1 et 2). Enfin, nous les avons soumis aux infirmières scolaires des lycées ainsi qu’aux directeurs d’établissement, M. Garandel et Mme Decaestecker.

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Table des matières

INTRODUCTION
1. Epidémiologie
2. Effets sur la santé
2.1 Les récepteurs cannabinoïdes
2.2 Les effets d’une consommation aigue
2.3 Les effets d’une consommation chronique
2.3.1 L‘addiction au cannabis
2.3.2 Risques somatiques
2.3.3 Risques sur la fonction cérébrale
2.3.4 Risques sur la santé mentale
2.3.5 Autres risques
3. Les adolescents et les conduites addictives
3.1 L’adolescent en quête d’identité et d’autonomie
3.2 Les conduites à risque à l’adolescence
3.3 Risques spécifiques sur la santé de l’adolescent
4. Evolutions du cannabis et de sa consommation
4.1 Augmentation de la teneur en THC
4.2 Désintérêt de la résine au profit de l’herbe
4.3 Développement de l’auto-culture
4.4 Apparition de la cigarette électronique
4.5 Ouverture au cannabis thérapeutique et évolutions législatives
4.6 Culture marketing : conséquence de la légalisation ?
4.7 Cannabinoïdes de synthèse
4.8 Place des outils numériques dans les modes d’approvisionnement
4.9 Impact de la pandémie de COVID-19
5. Les intervenants de la prévention de l’usage du cannabis chez l’adolescent
5.1 Système de santé
5.1.1 Les pratiques des médecins généralistes dans la prévention du cannabis
5.1.2 Structures de prise en charge des consommateurs de cannabis en France
5.2 Association système de santé et système scolaire
5.2.1 Directives gouvernementales avec documentation
5.2.2 Exemples des principaux programmes de prévention gouvernementaux
5.2.3 Au niveau de l’établissement scolaire
MATERIEL ET METHODE
1. Type d’étude et analyse
2. Population
3. Recrutement
4. Elaboration du guide d’entretien et du questionnaire de caractérisation de la population
5. Réalisation des entretiens
6. Analyse
7. Ethique
RESULTATS
1. Description de la population
1.1 Recrutement des participants
1.2 Caractéristiques de la population
2. Résultats de l’analyse thématique
2.1 Une substance aux multiples représentations
2.1.1 Le cannabis est perçu comme une drogue avec des effets proches de la cigarette et de l’alcool
2.1.2 Le cannabis est une plante qui se fume avec des propriétés chimiques
2.1.3 L’illégalité du cannabis est remise en question par certains adolescents
2.1.4 Il s’agit d’une substance au prix élevé avec un risque d’endettement
2.1.5 Le cannabis joue un rôle social ambivalent avec des vécus différents
2.1.6 L’évolution des modalités de consommation rend la substance plus dangereuse
2.2 Les dangers et les bénéfices de la consommation de cannabis
2.2.1 Un produit perçu comme dangereux pour la santé
2.2.2 Le cannabis peut aussi avoir des effets positifs motivant la consommation
2.2.3 Il existe des facteurs influençant la consommation et ses conséquences
2.3 Sources d’informations actuelles, souhaits des adolescents concernant la prévention
2.3.1 Auto-évaluation des connaissances personnelles variable selon les parcours
2.3.2 Différents contextes motivant la recherche d’informations
2.3.3 Pertinence perçue des informations différente selon les sources
2.3.4 Eléments à prendre en compte pour une prévention pertinente selon les
adolescents
2.4 Connaissances des adolescents sur la prise en charge d’une consommation problématique et leurs ressources
2.4.1 Théories sur les modalités de prise en charge
2.4.2 Essayer d’abord d’aider l’autre soi-même
2.4.3 Solliciter une personne ou une structure ressource
2.4.4 Outils disponibles à mettre en place par la personne ressource
DISCUSSION
1. Discussion des résultats
1.1 Une substance génératrice d’ambivalence
1.1.1 Illégalité du cannabis faisant débat chez les adolescents
1.1.2 Une substance à la fois taboue et omniprésente
1.1.3 La diversité des usages du cannabis
1.2 Les adolescents ont de bonnes connaissances sur les conséquences du cannabis sur la santé
1.3 Prévention souhaitée par les adolescents
1.3.1 Davantage d’interventions en face-à-face
1.3.2 Débuter la prévention précocement et réitérer
1.3.3 Nécessité de se manifester auprès des jeunes
1.3.4 Solidarité entre pairs : un moteur à utiliser
1.3.5 Place des parents dans la prévention et le soin
1.3.6 Utiliser la réduction des risques et intérêt des approches motivationnelles
1.3.7 Renforcement des compétences psychosociales : un besoin qui se lit entre les lignes
1.3.8 La réalité de terrain : dépistage précoce et intervention brève
1.3.9 Exemple d’une prévention intermédiaire entre la réduction des risques et le renforcement des compétences psychosociales
1.4 Place du médecin généraliste parmi les personnes ressources : se manifester
2. Faiblesses et forces de notre étude
CONCLUSION
BIBLIOGRAPHIE
ANNEXES

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