Le cas des médicaments orphelins : de la critique à l’opportunité stratégique
« Un médicament orphelin peut se définir comme un produit dont l’efficacité est reconnue pour traiter une affection, mais qu’aucun industriel ne développe car il n’est pas rentable » (Philipon, 1995 : 18). Plusieurs cas de figure peuvent se présenter parmi lesquels celui des maladies rares qui touchent un nombre restreint de personnes par rapport à la population générale. Par conséquent, « le coût du développement et de la mise sur le marché d’un médicament destiné à les diagnostiquer, les prévenir ou les traiter ne serait pas amorti par les ventes escomptées du produit ; l’industrie pharmaceutique est peu encline à développer ce médicament dans les conditions normales du marché » (JO L18 du 22.1.2000 : 1). À la fin des années 1970, et sur des milliers de maladies rares décrites dans la littérature médicale, seules quelques dizaines bénéficiaient de traitements plus ou moins efficaces, issus pour la plupart de la médecine traditionnelle et de la recherche publique. Entre 1965 et 1982, seuls 34 médicaments orphelins ont été développés par les entreprises pharmaceutiques aux États-Unis, dont 10 avaient bénéficié d’importantes subventions fédérales (Asbury, 1985, 1988, 1991 ; Waxman, 1986). Comprenant les enjeux spécifiques que pose le phénomène de rareté à l’ensemble des patients souffrant de ces maladies, Abbey Meyers, mère de trois enfants atteints du Syndrome de Gilles de la Tourette (SGT) , entreprit de fédérer, au niveau des États-Unis, l’ensemble des associations de patients atteints de maladies rares au sein d’une coalition nationale se donnant pour principale mission d’œuvrer pour la reconnaissance de ces maladies comme enjeu de santé publique. C’est la naissance du « mouvement social » (e.g. Zald et Ash, 1966 ; Tilly, 1978 ; Snow et al., 1986 ; McAdam, 1996) autour de la cause des maladies rares. De son côté, le Congrès s’était saisi du problème des médicaments orphelins en élaborant un projet de loi visant à inciter l’industrie pharmaceutique à développer ces médicaments. Face à la mobilisation des patients et aux propositions du Congrès, la première « réponse stratégique » (Oliver, 1991) de l’industrie pharmaceutique américaine fut de nier l’existence du problème des médicaments orphelins et de s’opposer à toute législation dans ce domaine. En effet, les entreprises pharmaceutiques ne voulaient pas reconnaitre leur manque d’engagement dans le développement et la commercialisation de certains produits non rentables au profit d’autres médicaments destinés aux maladies les plus fréquentes qui constituent pour elles la source d’importants bénéfices financiers. Les entreprises pharmaceutiques profitèrent en même temps du débat suscité par leurs opposants pour critiquer le système d’évaluation et d’autorisation des médicaments, responsable selon elles de l’augmentation des coûts et des délais de développement et de mise sur le marché des médicaments en général et des médicaments orphelins en particulier. La stratégie de l’industrie pharmaceutique amena les associations de patients, plus nombreuses et mieux organisées, à élaborer de nouveaux « répertoires d’action » (e.g. Tilly, 1986 ; McAdam et al., 1996 ; Grossman et Saurugger, 2012) impliquant notamment une intense campagne médiatique dirigée contre les entreprises pharmaceutiques. Face à la détérioration de son image dans l’opinion publique et afin de « restaurer sa légitimité » (Suchman, 1995), l’industrie pharmaceutique décida de négocier avec les représentants des patients et du Congrès une solution législative accordant un ensemble de mesures incitatives aux entreprises qui s’engagent dans le développement et la commercialisation des médicaments orphelins (adoption de l’Orphan Drug Act en 1983). Par la suite, le succès commercial de certains médicaments orphelins développés par de petites entreprises de biotechnologie, ouvrit la voie aux grandes entreprises pharmaceutiques qui se saisirent de cette nouvelle opportunité pour générer de nouveaux profits dans un contexte marqué par le déclin des revenus des médicaments destinés aux pathologies communes. L’entrée des grandes entreprises sur ce marché augmenta considérablement le nombre de médicaments orphelins extrêmement rentables soulevant de nouvelles contestations visant à exclure ces médicaments des dispositifs incitatifs. Mais l’industrie pharmaceutique réussit à bloquer toutes les tentatives d’amendement maintenant ainsi ses avantages. Le succès de la législation américaine poussa les entreprises pharmaceutiques à agir en vue de faire adopter un régime d’incitations équivalent au niveau européen. Mais en l’absence d’un mouvement social structuré capable d’imposer le problème des médicaments orphelins sur l’« agenda politique » (e.g. Cobb et Elder, 1971, 1972 ; Hilgartner et Bosk, 1988 ; Garraud, 1990) des instances européennes (Commission, Conseil et Parlement européens), l’industrie pharmaceutique se tourna vers la recherche publique française pour l’inciter à porter ce problème à l’attention des pouvoirs publics français et européens. Ce travail incomba à Annie Wolf, chercheur à l’Inserm (Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale), qui réussit à convaincre Simone Veil, ministre des Affaires sociales, de la Santé, et de la Ville, de faire du problème des médicaments orphelins une priorité d’action de la Présidence française de l’Union européenne (janvier-juin 1994) et de créer une mission ministérielle, la « Mission des Médicaments Orphelins », pour accompagner le projet d’une législation européenne dans ce domaine. À la tête de cette mission, Annie Wolf parvint à fédérer les associations de patients européennes et à les « enrôler » (Callon, 1986) dans le projet d’élaboration d’un règlement européen qui accorde plusieurs incitations aux promoteurs des médicaments orphelins. En se mettant en retrait, l’industrie pharmaceutique a su orienter le processus législatif européen pour obtenir en janvier 2000, un règlement (CE 141/2000) lui offrant d’importantes incitations et lui ouvrant l’énorme marché des médicaments orphelins en Europe. Aujourd’hui, les médicaments orphelins constituent une importante source de profits pour lesgrandes entreprises pharmaceutiques qui tentent par tous les moyens de préserver les incitations qui leur sont accordées dans ce domaine, en dépit de la forte contestation suscitée par cette situation. Selon les prévisions d’EvaluatePharma (2011) pour l’année 2016, les trois premiers médicaments au monde en termes de chiffre d’affaires annuel seront des médicaments orphelins générant chacun plus de $7,5 milliards. Selon cette même source, sur les 10 premiers médicaments au monde, 6 seront des médicaments orphelins générant chacun plus de $6 milliards par an (Tableau 2). Au-delà des performances économiques exceptionnelles de certains médicaments orphelins, le développement de ce champ a largement contribué aux transformations récentes de l’industrie pharmaceutique caractérisées par l’émergence d’un nouveau paradigme scientifique, organisationnel et stratégique qui participe grandement au maintien des performances de cette industrie et ouvre de nouvelles voies thérapeutiques prometteuses.
Les institutions : au fondement de l’accord et à l’origine de la critique
Les questions de l’accord et du désaccord ont souvent fait l’objet de deux analyses distinctes au sein des sciences sociales. Les sociologies du consensus se sont approprié la notion de l’accord en la formulant dans des termes différents comme celui de stabilité, d’ordre, d’équilibre, de norme ou de culture (Habermas, 1987). De leur côté, les sociologies du conflit se sont intéressées aux moments de rupture de l’ordre, qui se manifestent par la crise, la critique, la dispute, etc. Il serait pourtant utile, comme nous y invitent Boltanski et Thévenot, de traiter dans un même cadre théorique « les opérations critiques auxquelles se livrent les acteurs lorsqu’ils veulent manifester leur désaccord sans recourir à la violence, et les opérations au moyen desquelles ils parviennent à construire, à manifester et à sceller des accords plus ou moins durables » (1991 : 39). Le changement incessant de l’état du monde et la nature imprévisible des comportements individuels font régner en permanence dans la société une incertitude radicale. Cette incertitude « concerne ce qu’il en est de ce qui est et, indissociablement, ce qui importe, ce qui a valeur, ce qu’il convient de respecter et d’y regarder à deux fois » (Boltanski, 2009 : 92). Elle conduit les individus à mettre en place deux types de dispositifs : des dispositifs de confirmation qui ont pour objectif d’écarter l’incertitude en établissant, de manière sélective, dans le flux infini de ce qui arrive, ce qui est (au sens est vraiment), et en le maintenant comme étant dans le temps, et des dispositifs critiques qui, à l’inverse, s’appuient sur l’incertitude existante pour contester la réalité de ce qui se donne pour étant, dans les expressions officielles et dans les manifestations du sens commun (Boltanski, 2009). Ainsi, dispositifs de confirmation et dispositifs critiques sont étroitement liés : la confirmation a pour orientation principale de prévenir la critique ou de lui répondre alors que la critique doit prendre prise sur ce qui est confirmé pour le dénoncer. Dire ce qu’il en est de ce qui est ne doit pas se réduire à l’expression de simples points de vue, dont rien ne permet d’admettre qu’ils soient a priori identiques, puisque les individus qui les émettent sont différemment situés dans le temps et l’espace. Il faut en effet que cette tâche soit déléguée à un être sans corps, qui bien que s’exprimant par l’intermédiaire d’êtres corporels, des porte-paroles, n’exprime pas un point de vue, mais détient, par convention, le monopole de l’interprétation juste (Cayla, 1993). « Seul un être sans corps peut cesser de “considérer les objets en se plaçant parmi eux” pour les “voir sub specie aeternitatis” et les “considérer de l’extérieur”, pour reprendre une formulation utilisée par Wittgenstein dans les Carnets de 1914-1916 (1971) » (Boltanski, 2009 : 117). Cet être sans corps, évidemment, c’est l’institution. Les institutions peuvent être définies comme l’ensemble des « règles, normes et croyances qui décrivent la réalité pour les organisations, expliquant ce qui est et ce qui n’est pas, ce qui peut être pris en considération et ce qui ne le peut pas » (Hoffman, 1999 : 351). Pour ce faire, elles créent des formes symboliques permettant de qualifier, en situation d’incertitude, des états de choses qui font l’objet d’usages et d’interprétations multiples. C’est le cas par exemple des définitions juridiques qui ne doivent prêter qu’à une seule interprétation possible (sans quoi l’on parlera de flou juridique ou de vide juridique en cas d’absence d’une telle qualification). Les institutions ont aussi pour rôle de tracer des frontières entre les territoires géographiques, mais surtout entre des catégories matérielles ou conceptuelles dont l’élaboration et la connaissance par tous sont nécessaires au fonctionnement harmonieux de la société (par exemple entre ce qui légal et illégal, entre la catégorie de ceux qui seront admis à un concours et ceux qui seront recalés, ou encore entre les différentes classes du plan comptable, les catégories de véhicules pour lesquelles un permis est valable, etc.). Pour accomplir ces rôles, les institutions se dotent de moyens qui sont d’une part les organisations, qui assurent des fonctions de coordination et d’autre part les administrations, qui assurent des fonctions de police (Boltanski, 2009). Prenons, pour illustrer la nécessité et l’importance du travail de catégorisation qui incombe aux institutions, l’exemple de la problématique de détermination d’une date de péremption pour les produits pharmaceutiques. La date de péremption, qui doit obligatoirement apparaître sur l’emballage primaire et secondaire d’un médicament, est une date limite jusqu’à l’expiration de laquelle le médicament, conservé dans les conditions prescrites (température, humidité, etc.), garde l’activité biologique et thérapeutique correspondant à la déclaration de sa teneur en principe actif. Le fabricant établit cette date à partir d’études de stabilité en temps réel ou par extrapolation des résultats d’études de dégradation accélérée. Le délai de péremption est généralement de 2 à 3 ans et la législation interdit l’utilisation d’un médicament au-delà de la date de péremption officielle. Mais des données issues du programme d’extension de la durée de vie du Département de la Défense américain et de la FDA ont montré que 84% des lots de 96 médicaments différents stockés dans des installations militaires pouvaient être considérés comme stable pendant une durée moyenne de 57 mois au delà de leur date d’expiration originale (Taylor et al. 2002). La date de péremption ne correspond donc pas à un état de choses dans le monde de sorte que le médicament deviendrait inefficace ou toxique après cette date, c’est-à-dire « périmé » (que l’on pense par exemple à l’état du médicament un jour avant sa date de péremption et un jour après). Si les institutions (dans ce cas les agences réglementaires comme la FDA aux États-Unis et l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament et des produits de santé [ANSM] en France) obligent le fabricant à fixer une date de péremption, c’est pour déterminer les responsabilités de chaque intervenant dans le circuit du médicament (fabricant, pharmacien, patient, etc.) et régler ainsi les désaccords qui pourraient résulter de l’usage du médicament au-delà de sa date de péremption. Si les institutions permettent de diminuer l’incertitude qui règne dans le monde social et de réduire l’inquiétude qui en résulte, leur présence pose néanmoins d’autres problèmes, dont celui de leur incarnation. En effet, parce qu’elles ne peuvent s’exprimer et agir que par l’intermédiaire de porte-paroles et de représentants (juges, professeurs, prêtres, etc.), elles sont en permanence sujettes à la suspicion de n’être, derrière l’apparence de leur neutralité, que des instruments de domination aux mains des individus qui les composent ou qui en tirent profit. De là, nait une tension permanente entre, d’une part, la nécessité de « croire » en les institutions sans lesquelles aucun accord, même provisoire n’est possible dans le monde social, et d’autre part, le soupçon permanent envers les individus qui les composent. Cette tension constitue une contradiction indépassable que Boltanski (2009) nomme « la contradiction herméneutique ». Cette contradiction est au fondement de la possibilité de la critique. Car les individus n’adoptent pas de position absolue à l’égard des institutions, en sorte qu’ils n’adhèrent jamais entièrement aux représentations qu’elles élaborent sans pouvoir prendre de recul envers elles, ni, à l’inverse, ne sont constamment, et à propos de toutes leurs représentations, dans le scepticisme le plus radical. L’existence de la critique tient à la possibilité de tenir ensemble, dans un même cours d’action, deux positions. À la différence de ces positions absolues et jamais (ou pratiquement jamais) attestées, l’existence de la critique prend précisément appui sur la possibilité de donner son adhésion et de douter, et aussi, souvent à propos des mêmes objets, de basculer entre ces deux positions – autant de mouvements qui trouvent leur principe dans l’incertitude qui vient de l’impossibilité d’en finir une fois pour toutes avec la contradiction herméneutique (Boltanski, 2009 : 150). La critique vient ainsi dévoiler les écarts entre les formes symboliques produites par les institutions et un état de choses. De ce fait, elle ne peut s’exercer qu’à propos de ce qui est déjà qualifié par les institutions qui, sous diverses formes (rituels, cérémonies, etc.), confirment sans cesse ce qu’elles disent et ramènent les situations nouvelles aux situations déjà connues afin de prévenir la critique qui menace en permanence de dévoiler ces écarts.
L’action publique et la publicisation du problème des médicaments orphelins
C’est grâce à la représentante Elizabeth Holtzman que le problème des médicaments orphelins a été inscrit pour la première fois sur l’agenda législatif (Garraud, 1990) du Congrès. Interpelée par Sharon Dopkin, une jeune femme atteinte de myoclonie, elle tenta d’abord de convaincre une entreprise pharmaceutique de développer le L-5HTP, une molécule mise au point par le Dr. Van Woert à la Faculté de Médecine du Mont Sinai. Mais par manque de financements, le Dr. Van Woert a dû interrompre ses approvisionnements en L-5HTP. Parce que non brevetable et destinée à une population ne dépassant pas les 2 000 patients aux USA, cette molécule n’intéressait aucun industriel (U.S. Congress, 1980 : Testimony of Melvin Van Woert, Mount Sinai School of Medicine). Holtzman déposa alors un projet de loi (H.R. 7089 ; 17 avril 1980) prévoyant la création de l’Office of Drugs of Limited Commercial Value chargé notamment d’attribuer des subventions pour les entités publiques ou privées engagées dans le développement de ces médicaments. Le projet prévoyait aussi le reversement d’éventuels profits excessifs générés par ces médicaments pour le financement de cet office. Le projet de loi Holtzman fut soumis à la Sous-commission pour la Santé et l’Environnement présidée par le représentant Henry Waxman. Peu de temps avant, monsieur Waxman avait reçu un appel téléphonique de la part de la mère d’un patient atteint de SGT (Adam Seligman) l’interpellant au sujet de la saisie par les douanes américaines d’une quantité de pimozide que leur médecin tentait de faire entrer du Canada (Waxman et Green, 2009). Le 26 juin 1980, les auditions autour du projet de loi Holtzman débutèrent au Congrès. Les témoignages de Sharon 86 Le projet de loi définissait un médicament d’intérêt commercial limité comme un médicament pour les maladies à faible prévalence satisfaisant deux conditions : il apporte une amélioration sensible dans le diagnostic, la prévention ou le traitement de la maladie et est non-disponible sur le marché pour l’une des raisons suivantes : (1) les ventes estimées du médicament ne sont pas suffisantes pour permettre son développement par une entreprise privée sans un soutien financier du gouvernement fédéral (2) les ventes estimées du médicament ne sont pas suffisantes pour permettre à une entreprise privée de satisfaire aux exigences de sécurité et d’efficacité (3) ou les droits exclusifs de développement du médicaments ne peuvent être obtenus. Dopkin, du Dr. Van Woert, d’Abbey Meyers et d’Adam Seligman furent particulièrement poignants et eurent un fort impact sur les membres de la sous commission. The whole time I have been in public office, I have never been as impressed as I am by the testimony the four of you have given and I am moved by what you have said today. I feel a sense of frustration and shared anger with you (U.S. Congress, 1980: Comments of Henry Waxman, Chairman of the Subcommittee on Health and the Environment). Bien que ces auditions n’aient pas été suivies d’un débat au niveau du Congrès, elles ont permis d’introduire pour la première fois le problème des médicaments orphelins dans l’arène médiatique (Hilgartner et Bosk, 1988). En effet, à cette époque, ce problème était tellement « obscure, que seul le Los Angeles Times avait dépêché un reporter pour couvrir les auditions » (Green, 2012). Néanmoins, l’article rédigé par Maye (1980), sous le titre L.A Victim of Rare Disease: Youth Urges Lawmakers to Back “Orphan Drugs”, attira l’attention de Maurice Klugman, producteur de la série télévisé Quincy87 dont le frère, Jack Klugman, était le héros (Graff, 2008). Maurice Klugman, lui-même atteint d’un cancer rare auquel il succombera le 7 mai 1981, décida de consacrer un épisode de Quincy au SGT. Il sera diffusé le 4 mars 1981, soit la semaine où de nouvelles auditions devaient se tenir au Congrès. À la fin de l’épisode, un message expliquait que le scénario était basé sur des faits réels et invitait les téléspectateurs qui rencontraient les mêmes difficultés à écrire à la production (Green, 2012). Jack et Maurice Klugman reçurent des milliers de lettres qui furent transmises à la Tourette Disease Association. « Ces premières lettres ont abouti à un important mailing, constituant un réseau citoyen important » (Meyers, 1988 : 51). Le projet de loi proposé par madame Holtzman, fut réintroduit (H.R. 1663 ; 4 février 1981) par le représentant Ted Weiss et soumis à la Sous-commission pour la Santé et l’Environnement. Présidée par Henry Waxman, la sous-commission débuta de nouvelles auditions le 9 mars 1981. La première personne invitée à témoigner fut Jack Klugman, accompagné par Adam Seligman. Son témoignage assura une large couverture médiatique, en particulier télévisuelle, qui attira l’attention de l’opinion publique américaine sur le problème des médicaments orphelins (Waxman et Green, 2009). Le New York Times y consacra même sa Une avec un article écrit par Karen De Witt intitulé : House Told of Need of “Orphan Drugs”. Par ailleurs, des représentants de l’industrie pharmaceutique avaient, pour la première fois, accepté d’apporter leur témoignage devant la sous-commission.
|
Table des matières
INTRODUCTION GÉNÉRALE
PREMIÈRE PARTIE STRATÉGIES DES ENTREPRISES FACE À LA CRITIQUE : L’ÉLABORATION D’UN CADRE D’ANALYSE
Chapitre 1 : Le capitalisme et ses critiques
1.1 La nécessité de la critique
1.1.1 Les institutions : au fondement de l’accord et à l’origine de la critique
1.1.2 Justification et critique : deux fonctions qui se définissent mutuellement
1.2 Justifications et critiques du capitalisme
1.2.1 L’esprit du capitalisme : des justifications nécessaires à l’engagement dans le capitalisme
1.2.2 Les formes historiques de la critique du capitalisme : critique artiste et critique sociale
1.3 Évolution du capitalisme et de ses critiques
1.3.1 Les réponses possibles face à la critique
1.3.2 Le rôle de la critique dans l’identification des opportunités et des menaces
Conclusion
Chapitre 2 : L’expression de la critique au sein du champ organisationnel
2.1 Le champ organisationnel comme unité d’analyse
2.1.1 De l’intérêt du cadre d’analyse néo-institutionnel
2.1.2 L’évolution de la notion de champ organisationnel au sein du néo-institutionnalisme
2.2 Domination et contestation au sein du champ organisationnel
2.2.1 L’approche néo-gramscienne : une nouvelle conception de la domination au sein du champ organisationnel
2.2.2 Le rôle de la société civile : entre manipulation et contestation
2.3 La réintroduction de l’agence au sein du néo-institutionnalisme
2.3.1 La notion d’entrepreneuriat institutionnel
2.3.2 Vers une nouvelle approche de l’entrepreneuriat institutionnel
2.3.3 De l’entrepreneuriat institutionnel au travail institutionnel
Conclusion
Chapitre 3 : Contestation, action publique et stratégie d’entreprise
3.1 Le rôle des mouvements sociaux dans la formation de la contestation
3.1.1 La création de structures de mobilisation et de répertoires d’action
3.1.2 Le cadrage de l’action collective
3.2 La relation entre mouvements sociaux et action publique
3.2.1 L’approche par la « structure des opportunités politiques »
3.2.2 L’approche par la « mise sur agenda des problèmes publics »
3.3 Stratégies des entreprises face à la critique
3.3.1 La quête permanente de la légitimité
3.3.2 Réponses stratégiques des entreprises aux pressions institutionnelles
3.3.3 Stratégies politiques et stratégies hors-marché des entreprises
Conclusion
CONCLUSION DE LA PREMIÈRE PARTIE : QUELLE ARMATURE THÉORIQUE ?
SECONDE PARTIE : DE LA CRITIQUE À LA CONSTRUCTION ET À L’EXPLOITATION D’UN NOUVEAU CHAMP ORGANISATIONNEL : LE CAS DU MÉDICAMENT ORPHELIN
Chapitre 4 : La construction du champ du médicament orphelin aux États-Unis
4.1 Méthodologie
4.1.1 Collecte des données
4.1.2 Analyse des données
4.2 Aux origines d’un « abandon »
4.2.1 Le contexte d’émergence du problème des médicaments orphelins
4.2.2 Les enjeux des médicaments orphelins
4.3 Mouvements sociaux et action publique : la co-construction d’un problème et d’une politique de santé publics
4.3.1 De l’action individuelle à la mobilisation collective : structures de mobilisation et travail de cadrage
4.3.2 L’action publique et la publicisation du problème des médicaments orphelins
4.4 Hégémonie et contre-hégémonie dans le champ du médicament orphelin aux ÉtatsUnis
4.4.1 Stratégies hégémoniques et maintien du bloc historique
4.4.2 Stratégies contre-hégémoniques et reconfiguration du bloc historique
Conclusion
Chapitre 5 : L’industrie pharmaceutique à l’assaut de l’Europe
5.1 Méthodologie
5.1.1 Collecte des données
5.1.2 Analyse des données
5.2 L’action politique de l’industrie pharmaceutique dans le domaine du médicament orphelin en Europe (1985-1993)
5.2.1 Les premières tentatives
5.2.2 Les raisons de l’échec
5.3 La construction du champ du médicament orphelin en Europe (1994-2000) : un cas d’entrepreneuriat institutionnel collectif
5.3.1 Contexte
5.3.2 La construction de l’enjeu du champ du médicament orphelin
5.3.3 La conception des arrangements institutionnels du champ du médicament orphelin
Conclusion
Chapitre 6 : Le médicament orphelin comme opportunité stratégique pour l’industrie pharmaceutique
6.1 Méthodologie
6.1.1 Collecte des données
6.1.2 Analyse des données
6.2 De l’esprit des lois à leur mise en application : l’exploitation des mesures incitatives par les entreprises pharmaceutiques
6.2.1 Un engagement croissant mais ciblé de l’industrie pharmaceutique
6.2.2 Des médicaments orphelins majoritairement peu innovants
6.2.3 Une domination progressive des Big Pharma sur le marché des médicaments orphelins
6.2.4 Des “orphelins” très rentables
6.3 Du médicament orphelin au blockbuster : les pratiques des entreprises pharmaceutiques dans le champ du médicament orphelin
6.3.1 Pratiquer des niveaux de prix très élevés
6.3.2 Développer des médicaments pour les maladies rares à forte incidence
6.3.3 Multiplier le nombre d’indications par médicament
6.3.4 Recycler de vieilles molécules
6.3.5 Inciter à la prescription hors-indications autorisées (off-label)
6.4 Au-delà du champ du médicament orphelin : apport de la recherche sur les médicaments orphelins et les maladies rares à l’industrie pharmaceutique
6.4.1 Apport de la recherche sur les maladies rares à la R&D pharmaceutique
6.4.2 Apport de la recherche sur les médicaments orphelins à l’industrie biotechnologique
Conclusion
CONCLUSION DE LA SECONDE PARTIE : DE LA RÉSISTANCE FACE À LA CRITIQUE À L’EXPLOITATION DU CHAMP DU MÉDICAMENT ORPHELIN
CONCLUSION GÉNÉRALE
RÉFÉRENCES
Télécharger le rapport complet
